Juin 1998. L’air est électrique. Après les tensions de Tempête et la claustrophobie de Forteresse, le Rath Cycle touche à sa fin avec l’extension Exode (Exodus en VO). Et quel final ! Ce set n’est pas seulement la conclusion épique de la Saga du Vaisseau-Aquilon sur Rath, c’est aussi le moment où Wizards of the Coast a décidé de lever le voile sur un secret de Polichinelle : la rareté des cartes.
Ce n’est pas une mince affaire. Pendant des années, la rareté était un mystère, une information que les joueurs devaient déduire ou apprendre par cœur. Avec Exode, tout change. Le symbole d’extension, un pont symbolisant la transition et la fuite de Rath, se pare de couleurs : noir pour les communes, argent pour les uncos, et or pour les rares. C’est un changement cosmétique, certes, mais qui a eu un impact psychologique énorme sur les collectionneurs et les joueurs. Fini le doute, on savait immédiatement ce qu’on avait entre les mains.
L’évasion : le climax de la saga
L’histoire d’Exode est celle de la fuite. Gerrard et l’équipage du Vaisseau-Aquilon ont sauvé Sisay et les pièces de l’Héritage. Maintenant, ils doivent s’échapper de la forteresse de Volrath et traverser le portail qu’Ertai, le mage bleu, est en train de préparer. L’ambiance est à la tension maximale, à la course contre la montre.

Le set nous montre l’assaut combiné des forces de Volrath, des elfes de Skyshroud et des tribus humaines Kor, Vec et Dal, récemment unies par Gerrard. C’est un véritable bordel de bataille, une évasion sous le feu ennemi. L’histoire se concentre aussi sur la descente aux enfers de Crovax, le noble qui accompagne l’équipage, dont la soif de pouvoir menace le Vaisseau-Aquilon.
Les mécaniques : le dernier coup de pinceau
Exode n’a pas introduit de nouvelles mécaniques de bloc, mais a continué à développer celles de Tempête et Forteresse : le Rappel (Buyback) et la Distorsion (Shadow).
Cependant, le set a apporté une nuance intéressante au Rappel. Certains coûts de Rappel ne se payaient plus en mana, mais en sacrifiant des ressources, comme des points de vie ou des cartes. Cela a permis de créer des cartes puissantes qui récompensaient les joueurs prêts à prendre des risques.
Le set a également introduit deux cycles thématiques qui ont marqué les esprits :
- Les Serments (Oaths) : des enchantements avec un coût d’entretien qui permettaient au joueur actif de prendre une action si un certain seuil de ressource (créatures, points de vie, etc.) était atteint par rapport à l’adversaire. Le plus célèbre est sans doute Oath of Druids (Serment des Druides).
- Les Gardiens (Keepers) : des créatures dont les capacités ne pouvaient être utilisées que si le joueur était en retard sur l’adversaire en termes de ressources. Un thème de catch-up qui visait à équilibrer les parties.
Les cartes qui ont définitivement marqué l’Histoire
Comme ses prédécesseurs, Exode a livré un arsenal de cartes qui sont devenues des incontournables des formats éternels.
| Carte | Couleur | Type | Impact |
|---|---|---|---|
| Survival of the Fittest | Vert | Enchantement | Permet de défausser une carte de créature pour aller en chercher une autre. Un moteur de combo et de toolbox dévastateur. |
| Oath of Druids | Vert | Enchantement | Meule les deux joueurs jusqu’à ce qu’une créature soit révélée. Un pilier des decks Combo et Reanimator en Vintage. |
| City of Traitors | Terrain | Terrain | Produit deux manas incolores, mais doit être sacrifié si un autre terrain arrive en jeu. Un accélérateur de mana pour les decks Stax et Prison. |
| Hatred | Noir | Rituel | Permet de payer des points de vie pour donner +X/+0 à une créature. La carte qui a donné son nom au Summer of Hate. |
| Mind over Matter | Bleu | Enchantement | Permet de défausser une carte pour dégager un permanent. Un moteur de combo infini. |
| Sphere of Resistance | Artéfact | Artéfact | Rend tous les sorts plus chers. Un pilier des decks Stax et Prison. |
Survival of the Fittest (Survie du Plus Apte) est sans doute la carte la plus puissante du set. Elle a permis aux joueurs de transformer n’importe quelle créature en main en n’importe quelle autre créature du deck, facilitant les combos et les stratégies de toolbox. Elle a été bannie en Legacy en 2010, mais reste un pilier du Vintage.
L’Oath of Druids (Serment des Druides) est une autre carte qui a défini un archétype. Elle permet de tricher en mettant en jeu de grosses créatures rapidement, ce qui lui a valu une restriction en Vintage et un bannissement en Legacy.
Mais la carte qui a le plus marqué l’été 1998 est sans doute Hatred (Haine). Ce rituel noir permettait de payer des points de vie pour donner +X/+0 à une créature. Combiné à une créature avec Shadow (Distorsion) de Tempête ou Forteresse, cela permettait de tuer l’adversaire en un seul coup, d’où le surnom de Summer of Hate. C’était un peu le « casse toi » ultime pour les joueurs qui aimaient les parties longues.

L’héritage : la rareté et la fin d’une ère
Exode est un set de transition. Il a marqué la fin du Rath Cycle et de la Saga du Vaisseau-Aquilon (temporairement). Mais surtout, il a introduit des changements fondamentaux dans l’apparence des cartes qui sont restés jusqu’au core set de la Huitième Édition : la rareté visible, le centrage des informations en bas de la carte et la numérotation des cartes.
C’est un set qui a prouvé que Wizards of the Coast avait appris de ses erreurs passées. Après l’échec de Fallen Empires et la crise de Chronicles, la firme a su écouter sa communauté et offrir un set puissant, narratif et techniquement innovant. Exode est le set qui a permis à Magic de s’envoler vers une nouvelle ère, celle des blocs structurés et des cartes clairement identifiées.
- Sortie officielle : 15 juin 1998
- Cartes : 143 dont 5 rééditions (55 communes, 44 non communes, 44 rares)
- Code d’extension : EXO
- Répartition : Blanc (26) – Bleu (26) – Noir (26) – Rouge (26) – Vert (26) – Artefacts (12)
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