Tu poses la boîte sur la table et le silence se fait tout seul. Pas celui de la concentration, non, le silence lourd de ceux qui savent qu’ils vont assister à un procès cosmique. Divine vs Demonic débarque en novembre 2009 comme un missel sacré posé sur un autel païen : moitié blanc éclatant, moitié noir abyssal. Sans transition, sans compromis. Pas de gris pour adoucir le choc.
À l’intérieur, soixante cartes prêtes à régler une querelle vieille comme le temps. Pas le bien contre le mal comme dans les contes pour enfants, mais la rigidité du dogme contre la faim du chaos, la pureté glacée contre la chair brûlante. Ce troisième duel deck de l’histoire de Magic ne te propose pas un affrontement : il t’assigne à comparaître. Et tu sais déjà que tu vas tricher parce qu’au fond, on est tous un peu ange, un peu démon, et merde, c’est ça qui fait mal.
Litanie du ciel fermé
Ouvre le compartiment blanc et respire l’encens froid des cathédrales désertées. Ici, pas de folie ni d’excès, juste l’ordre implacable du sacrifice consenti. Angelsong qui ressuscite ta horde d’anges comme un chœur grégorien remontant des tréfonds ; Selenia, Dark Angel (oui, un ange sombre dans le deck blanc, parce que même le paradis a ses zones d’ombre) qui te fait payer la vie pour voler vers l’adversaire. Il y a aussi Guardian of the Guildpact qui se dresse comme un rempart juridique contre le péché.

Ce deck ne joue pas pour gagner : il joue pour prouver. Chaque Ajani’s Mantra qui te fait piocher en échangeant vie contre connaissance, chaque Faith’s Fetters qui enchaîne une créature adverse comme un dogme clouant au pilori. Ou chaque Worship qui transforme ta vie en concept métaphysique. Tout ici sent le renoncement comme vertu suprême. Jouer le blanc, c’est accepter de souffrir pour une idée. C’est refuser le plaisir immédiat du burn au profit d’une victoire qui ressemble à une absolution. Et oui, c’est chiant par moments. Comme ces messes de six heures du matin où tu grelottes sur un banc en te demandant si Dieu apprécie vraiment ton dévouement ou s’il se branle tranquillement sur ton inconfort.
Confession du fond des âges
Maintenant, ouvre l’autre côté. Sentez-vous cette chaleur humide, ce relent de soufre et de chair grillée ? Le deck noir ne te propose pas de pacte. Il te prend ce que tu ne savais pas lui avoir donné. Demon of Death’s Gate qui surgit du néant quand tu as vidé ta réserve de vie, comme un usurier frappant à ta porte le jour de paie. Cruel Edict qui force l’adversaire à sacrifier sa propre créature (le noir ne salit pas ses mains, il te fait faire le sale boulot toi-même). Thought Hemorrhage qui te fait piocher les pires souvenirs de ton adversaire et les jeter au feu.
Ici, pas de sacrifice héroïque : juste du pragmatisme sale. Sign in Blood qui te fait piocher en échangeant vie contre connaissance (en fait, la même mécanique qu’Ajani’s Mantra mais sans la poésie) : ici, c’est un emprunt à ta propre existence, avec intérêts composés. Jouer le noir, c’est accepter que le monde est pourri et que la seule dignité reste de pourrir mieux que les autres. C’est comme sortir d’une soirée où tout le monde s’est comporté en saint, rentrer chez toi, allumer une clope sur le balcon et admettre que, parfois, faire le mal fait du bien.
Le péché originel de la table de jeu
Ce duel deck (le troisième de la gamme après Elves vs. Goblins et Jace vs. Chandra) ne se contente pas d’opposer deux couleurs. Il expose la fracture morale qui habite chaque joueur de Magic depuis qu’il a posé son premier Serra Angel. Le blanc croit en un ordre supérieur ; le noir croit en lui-même. Le blanc protège la communauté ; le noir exploite l’individu. Mais regarde de plus près : Selenia, Dark Angel porte le mot « Dark » dans son nom tout en servant le blanc ; Phyrexian Arena dans le deck noir offre un avantage continu au prix de la vie. Une forme tordue de durabilité, concept pourtant associé au vert.
Divine vs Demonic nous murmure une vérité inconfortable. A savoir que les oppositions sont des fictions pédagogiques. Dans la vraie vie comme sur le tapis, le bien a ses rigidités qui tuent, le mal a ses pragmatismes qui sauvent. Comme ce joueur qui refuse de lancer Wrath of God parce que « ce n’est pas fair-play », pendant que son adversaire sacrifie ses propres créatures pour activer Visara the Dreadful. Qui est le monstre ici ?
Et le packaging lui-même joue ce jeu trouble. Il n’y a pas de séparation nette entre les compartiments, juste une fente centrale qui rappelle la frontière poreuse entre les deux pôles. Les artworks réimprimés claquent comme des icônes inversées : Reya Dawnbringer rayonnant de lumière pure face à Lord of the Pit qui émerge des ténèbres avec un sourire de prédateur. Même les terrains participent au drame. Prairie Stream qui produit blanc et bleu (parce que même le divin a besoin de ruse) contre Blood Crypt qui crache du noir et du rouge (parce que le démoniaque ne refuse jamais l’impulsion).

Et avec le recul ?
15 ans plus tard, ressortir ce duel deck c’est comme relire les sermons de ta grand-mère en même temps que les poèmes pornos que tu cachais sous ton matelas. Tu comprends soudain que tu n’as jamais choisi entre les deux, tu as juste appris à jongler. À utiliser la discipline du blanc pour structurer tes decks combo, la cruauté du noir pour écraser tes adversaires au bon moment. Divine vs Demonic n’était pas un affrontement : c’était un miroir.
Et chaque fois que tu poses Angelic Blessing sur une créature ou que tu lances Diabolic Edict pour faire disparaître l’ange adverse. Tu ne joues pas un rôle, tu reconnais une part de toi-même. Parce que le vrai duel n’a jamais eu lieu sur la table. Il se joue depuis toujours entre tes tempes — entre ce que tu devrais faire et ce que tu as envie de faire. Et c’est ce bordel-là qui rend la vie, comme Magic, terriblement vivante.
- Sortie officielle : 10 avril 2009
- Cartes : 120 (2 decks de 60 cartes)
- Code d’extension : DDC
- Répartition : Blanc (22) – Noir (27) – Artefacts (3)
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