Fut une époque ou on ouvrait une boite Magic avec un mélange d’espoir et de peur. Puis celle où tu savais que, quoi qu’il arrive, tu n’allais pas impressionner ton groupe de tournoi. C’est exactement ce que Starter 2000 incarne : l’humilité incarnée en carton. Sorti en avril 2000, au creux de la vague post-Urza et juste avant l’explosion du bloc Masques (voir Les Masques de Mercadia), ce mini-set de 54 cartes n’a jamais cherché à briller. Il voulait juste accueillir les nouveaux, les curieux, les gamins qui venaient de découvrir Magic grâce à un copain de CM2.
Et pourtant, dans sa simplicité presque embarrassante, Starter 2000 cache une forme de poésie pédagogique rare. Pas de combos, pas de mots-clés exotiques, pas de lore compliqué. Juste deux decks prêts à jouer, un guide pas prise de tête, et un Rhox foil exclusif qui, aujourd’hui, vaut plus que certains souvenirs d’enfance.
Un starter set… vraiment pour débutants
Contrairement à Starter 1999, qui flirtait déjà avec des cartes comme Lightning Bolt ou Armageddon, Starter 2000 joue la carte de la sécurité absolue. Toutes ses cartes proviennent de sets antérieurs (Sixth Edition, Portal, Starter 1999), mais elles sont soigneusement sélectionnées pour éviter tout piège :
- Pas d’artefacts ni d’enchantements dans les decks de base (seulement dans les boosters avancés),
- Pas d’instants dans la version simplifiée,
- Des créatures basiques, des sorts directs sans subtilité, et surtout… pas de jargon inutile.
Le but ? Que le joueur comprenne les bases sans se faire humilier par un combo de Memory Jar dès la première partie. C’est du Magic au ralenti, presque zen. Tu attaques, tu bloques, tu gagnes ou tu perds. Pas de stack à gérer, pas de pile à surveiller, pas de timing tordu. Juste toi, ton Bog Imp, et ton adversaire avec son Python. Le duel primal.

Le coffret complet : une machine à remonter le temps
Le vrai trésor de Starter 2000, c’est son boîtier de démarrage, une relique fin-de-millénaire qui respire l’ère pré-internet :
- Deux decks de 22 cartes chacun, conçus pour s’affronter équitablement,
- Deux boosters de 15 cartes « avancées » (avec artefacts, enchantements, instants),
- Deux tapis de jeu imprimés avec des compteurs intégrés,
- Un livret de règles ultra-simple,
- Et surtout… un CD-ROM avec des mini-jeux pédagogiques façon Windows 98.
Oui, tu as bien lu : un CD-ROM. À l’époque, c’était le nec plus ultra. Aujourd’hui, c’est un objet de musée — technologiquement obsolète, mais chargé de nostalgie. On y apprenait à jouer à Magic comme on apprenait à taper à la machine : avec patience, clavier cliquetant, et un fond sonore MIDI qui te reste dans la tête vingt ans plus tard.
Mais le vrai joyau caché ? Rhox, cette bête verte exclusive au coffret, illustrée par Ron Spencer, offerte en version foil premium. Pas de texte compliqué, pas de mécanique folle : juste un 3/3 solide, symbole parfait de l’esprit du set. Aujourd’hui, ce Rhox est l’une des foils les plus recherchées des sets introductifs — non parce qu’elle casse les formats, mais parce qu’elle représente la porte d’entrée pour des milliers de joueurs.
Une réimpression silencieuse… mais stratégique
Techniquement, Starter 2000 ne contient aucune carte originale. Tout est repris de Sixth Edition, Portal ou Starter 1999. Mais attention : les versions issues de Portal et Starter ont été modifiées — suppression du symbole d’expansion, mise à jour du wording selon les nouvelles règles de la 6e Édition (exit « Summon », bonjour « Creature »).
C’est donc aussi un outil de transition linguistique : un pont entre l’ancien Magic (celui des interrupts, des batchs, des termes obscurs) et le nouveau (stack, mort à 0 PV, type « Creature – Elf »). Wizards savait que les règles avaient changé radicalement en 1999, et que beaucoup de nouveaux joueurs arrivaient après la tempête. Starter 2000 était là pour leur dire : « Ne t’inquiète pas. On va tout t’expliquer. Tranquillement. »
L’héritage discret d’un set oublié
Aujourd’hui, personne ne parle de Starter 2000. Il n’a pas de combos légendaires, pas de cartes bannies, pas de tournois déformés. Il n’a même pas eu droit à une page Wikipédia dédiée — juste une mention dans l’article général sur les produits « Starter ».
Et pourtant, il représente la philosophie la plus humaine de Magic : celle de l’accueil, de la transmission, de la patience. Dans un écosystème de plus en plus orienté vers la performance, les préconstruits modernes (Jumpstart, Commander Decks) doivent beaucoup à cette approche humble.

Aujourd’hui, les collectionneurs de 30 à 50 balais qui tombent sur un coffret scellé de Starter 2000 ne le revendent pas. Ils l’ouvrent, installent les tapis, sortent le CD-ROM (même s’il ne marche plus), et rejouent cette première partie imaginaire qu’ils n’ont jamais eue. Parce que parfois, ce n’est pas la puissance qui compte — c’est le souvenir de la découverte.
Et franchement, dans un multivers rempli de dieux, de machines phyrexianes et de dragons volants… ça fait du bien de retomber sur un Spined Wurm et un Stone Rain, comme si de rien n’était.
- Sortie officielle : 24 avril 2000
- Cartes : 54 dont 20 rééditions (35 communes, 6 non communes, 3 rares, 10 terrains basiques)
- Code d’extension : S00
- Répartition : Blanc (6) – Bleu (4) – Noir (1) – Rouge (4) – Vert (5)
Continuez le déroulé de l’histoire Magic avec l’article suivant :



