Tu te souviens de ces parties où ton pote arrive avec un deck tout blanc, te balance un Armageddon au tour 3, et te regarde avec un sourire de sadique en disant « t’as pas prévu ça, hein ? » ? En 1999, Wizards a dit stop. Terminé, les débutants jetés dans la fosse aux lions avec trois Forest et une Llanowar Elves. À la place : Starter 1999, un coffret pensé non pas pour dominer, mais pour comprendre.
Parce que derrière son emballage sobre et ses cartes noires comme il faut, ce n’était pas juste un core set de plus. C’était une école de guerre douce, une passerelle entre le chaos post-Urza et l’ordre naissant de la 6e Édition. Et accessoirement, le premier set à glisser une Lightning Bolt foil dans les mains de milliers de joueurs ébahis.
Un set hybride, ni fish ni fowl — mais sacrément utile
Officiellement, Starter 1999 n’est pas un « set » au sens narratif. Pas de lore, pas de mécanique maison. Mais techniquement, il est bien plus riche qu’un simple core set. Il sert de transition pédagogique entre les règles anciennes (summon, interrupts, batches) et le nouveau système lancé par la 6e Édition — tout en gardant un pied dans l’ancien monde pour ne pas perdre les joueurs déjà initiés.

Les cartes y sont toutes issues de sets antérieurs (Visions, Weatherlight, Tempest, Stronghold, Exodus, et bien sûr 6e Édition), mais réorganisées, réimprimées avec le nouveau wording, et surtout : sélectionnées avec soin. Exit les combos instables, les free spells démoniaques, les terrains qui te font gagner tout seul. Ici, on joue avec des Giant Growth, des Counterspell, des Serra Angel — des cartes qui enseignent les bases sans te foutre KO en deux tours.
Et puis, il y a cette foutue foil Lightning Bolt. Offerte en promo à l’événement de lancement, elle est vite devenue le Graal du joueur occasionnel. Pas parce qu’elle était puissante (elle l’est), mais parce qu’elle était accessible. Un instant doré qui disait : « Bienvenue, t’es chez toi. »
Les decks préconstruits : des leçons de design dans des boîtes
Starter 1999 propose cinq decks thématiques, chacun conçu pour illustrer une stratégie claire :
- Air Superiority (N/B) : contrôle aérien classique, avec Vaporkin, Storm Crow, et Counterspell en chef d’orchestre.
- Elves and Merfolk (V/N) : la synergie avant l’heure, même si les cartes sont encore un peu molles.
- Domain of the Wastes (R/V) : créatures grosses, sorts directs, et l’esprit « casse-gueule » du rouge.
- Soul Burn (B/R) : aggro sale, avec Hypnotic Specter et Lightning Bolt en double peine.
- Counter Surge (N/R) : le rêve du joueur contrôlant avec un peu de folie, mêlant Counterspell et Shard Phoenix.
Ces decks ne sont pas destinés à gagner des Pro Tours — ils sont faits pour jouer, perdre, rejouer, comprendre. Chaque défaite y est une leçon : « Ah, donc un Giant Growth ne sauve pas contre un Lightning Bolt si t’attaques avec. Noté. »
Et le coffret 2 joueurs ? Un bijou. Deux decks complémentaires, des jetons, un livret de règles limpide (signé Cory Herndon), et surtout… zéro intimidation. C’est du Magic sans jargon, sans posture, sans condescendance. Juste toi, ton pote, et un Serra Angel qui sauve la mise.
Le dernier souffle des règles « old school »
Ce qui rend Starter 1999 si précieux, c’est qu’il capture un moment de transition historique. Il sort en même temps que la 6e Édition, mais il est conçu pour coexister avec elle. Les cartes portent déjà les nouvelles mentions « Creature – Elf » au lieu de « Summon Elf », mais le livret pédagogique explique encore certaines subtilités de l’ancien système, comme si Wizards disait : « On change tout, mais on vous tient la main. »
C’est aussi l’un des derniers produits à glisser des promos foil dans des boosters non-foil, avant que la stratégie marketing ne devienne plus rigide. Certaines boîtes contenaient même, par erreur, des foils DCI comme Duress ou Karn, Silver Golem — des pépites aujourd’hui mythiques.
Et puis, il y a ce petit détail : Starter 1999 est légal dans tous les formats Eternal où ses cartes d’origine le sont. Ce qui veut dire qu’un Lightning Bolt imprimé ici peut finir dans un deck Vintage. Pas mal pour un « starter », non ?
Pourquoi on s’en souvient (ou pourquoi on devrait)
Aujourd’hui, dans un écosystème saturé de préconstruits, de Jumpstart et de Commander Decks, Starter 1999 semble presque naïf. Mais c’est justement cette naïveté qui le rend magnifique. Il ne vendait ni hype, ni spéculation, ni méta. Il vendait l’entrée dans un monde.

Pour les collectionneurs de 30 à 50 balais qui ont commencé à cette époque, ce set est une madeleine de Proust en carton : l’odeur du plastique neuf, la fierté d’avoir une foil, la première victoire contre un pote plus expérimenté grâce à un Healing Salve bien placé.
Et puis, soyons honnêtes : combien de decks modernes ont commencé avec un Starter 1999 étalé sur une table de cuisine un dimanche après-midi ? Des milliers. Peut-être le tien.
Alors non, ce n’est pas le set le plus puissant. Ni le plus innovant. Mais c’est celui qui a tendu la main quand tout le monde courait. Et parfois, dans le multivers comme dans la vie, c’est ce qui compte le plus.
- Sortie officielle : 12 juillet 1999
- Cartes : 173 dont 127 rééditions (63 communes, 55 non communes, 35 rares, 20 terrains)
- Code d’extension : S99
- Répartition : Blanc (31) – Bleu (31) – Noir (30) – Rouge (31) – Vert (30)
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