Quand Larry Bird et Magic Johnson débarquent dans le cardboard … mais pas sur leurs propres cartes.
L’été 1979. La NBA est une ligue en déclin catastrophique, proche de l’extinction. Les audiences TV s’effondrent, certaines finales sont diffusées en différé parce qu’elles ne peuvent pas concurrencer les programmes en prime time. Atlanta, l’un des plus grands marchés, a cessé de diffuser les matchs nationaux cinq ans plus tôt. Les franchises sont en difficulté financière. Le basketball professionnel américain touche le fond.
Et puis, comme par magie, deux rookies arrivent et changent tout.
Larry Bird et Magic Johnson ne sont pas des inconnus. Leur duel dans la finale NCAA 1979 (Michigan State contre Indiana State) reste la finale la plus regardée de l’histoire du basket universitaire américain. Mais personne ne sait si cette alchimie fonctionnera au niveau pro.
Bird est drafté par les Celtics en 1978 (6ème choix) mais refuse de signer avant d’avoir terminé sa dernière année à Indiana State. Il obtient un contrat record de 3,25 millions sur 5 ans, faisant de lui le rookie le mieux payé de l’histoire des sports d’équipe. Magic, lui, est sélectionné en premier choix par les Los Angeles Lakers grâce à un trade opportun (spécialité NBA : demandez à Kobe Bryant, Chris Paul ou Luka Doncic) avec les Jazz de New Orleans (qui deviendront le Jazz de l’Utah).
Le 28 décembre 1979, ils se rencontrent pour la première fois en NBA. Les Lakers battent les Celtics 123-105. Magic domine Bird (23 points contre 16). Le Forum de Los Angeles affiche complet pour la première fois depuis 21 mois. Le basketball américain vient de recevoir une injection d’adrénaline massive.

C’est dans ce contexte électrique que Topps sort son set 1979-80. Et fait une erreur colossale qui créera l’une des cartes les plus mythiques de l’histoire.
Le set : 132 cartes, design « standard », erreur monumentale
Pour la troisième année consécutive, Topps limite son set à 132 cartes de format standard (2½ x 3½ pouces). Le design est épuré par rapport aux set Topps NBA 1978-1989 : bordures blanches, nom d’équipe en haut, nom du joueur en bas, photo d’action ou posée au centre. Le verso est imprimé en vert et noir sur fond gris ou blanc (les versions blanches sont plus lisibles et recherchées).
Mais ce qui rend ce set historique, ce n’est pas son design. C’est ce que Topps a fait de ces 2 énormes rookies. Au lieu de donner à Bird et Magic leurs propres cartes individuelles, Topps les a simplement … oubliés, Bird et Magic sont totalement absents !
Oui, tu as bien lu. Le set 1979-80 Topps Basketball, celui de leur saison rookie, ne contient ni Larry Bird, ni Magic Johnson. C’est seulement l’année suivante (1980-81) que Topps corrige le tir avec son format à trois panneaux qui inclut enfin les deux rookies légendaires. Ce sera la fameuse carte #34 du set 1980-81.
Les rookies de 1979-80 : des stars, mais pas les bonnes
Privés de Bird et Magic, le set 1979-80 doit se contenter d’autres rookies prometteurs (pas des maçons non plus) :
Alex English (#31) : le scoreur silencieux
La « key rookie card » du set selon plusieurs sources. English deviendra l’un des meilleurs marqueurs des années 80 avec les Denver Nuggets (25 613 points en carrière, Hall of Fame). Sa carte rookie est abordable comparée aux monstres du hobby, mais reste essentielle pour les collectionneurs des Nuggets.

Reggie Theus (#44) : le playmaker élégant
Rookie card du meneur des Chicago Bulls, futur 2x All-Star et nommé au All-Rookie Team 1979. Theus était connu pour son style de jeu flamboyant et ses coiffures iconiques des années 80. Sa carte est accessible (environ 5-10$ en excellent état).
Autres rookies notables
- Kent Benson (#121) : champion NCAA en 1976
- Robert Reid (#62) : 2x en finale NBA avec Houston
- Otis Birdsong (#87) : 4x All-Star
- Phil Ford (#108) : Rookie de l’année 1979
La saison rookie : Bird vs Magic, le premier acte
Même s’ils ne figurent pas dans le set 1979-80, la saison reste celle où tout commence :
Larry Bird – Rookie of the Year
Bird transforme les Celtics, qui passent de 29 à 61 victoires (+32), un record de turnaround à l’époque. Il termine avec 21,3 points, 10,4 rebonds, 4,5 passes par match. Le 12 octobre 1979, lors de son premier match, il inscrit 14 points, 10 rebonds et 5 passes contre Houston. En novembre, il réalise son premier triple-double (23 points, 19 rebonds, 10 passes) contre Detroit.
Mais Bird perd le premier duel contre Magic le 28 décembre 1979 (16 points contre 23). Le 13 janvier 1980, lors du deuxième affrontement à Boston, Magic est gêné par une blessure à l’aine et ne marque qu’un point en 21 minutes. Kareem Abdul-Jabbar domine avec 33 points et 12 rebonds, et les Lakers gagnent encore 98-91.
Magic Johnson – Champion et Finals MVP
Magic a des moyennes de 18 points, 7,7 rebonds, 7,3 passes et mène les Lakers à 66 victoires (+19 par rapport à l’année précédente). Mais c’est en playoffs qu’il devient légendaire.
Blessé à la cheville pendant les Finales contre Philadelphie, Kareem Abdul-Jabbar ne peut pas jouer le Game 6 à Philadelphie. Magic, âgé de 20 ans, demande à prendre le tip-off à la place du pivot. Il joue les cinq positions ce soir-là et termine avec 42 points, 15 rebonds, 7 passes en 47 minutes pour donner le titre aux Lakers. Il est élu Finals MVP, trois mois avant son 21ème anniversaire.
Le vote pour Rookie of the Year ? Bird l’emporte 63 voix contre 3 pour Magic. Une défaite qui motivera Johnson pour le reste de sa carrière.

Les stars 1979-80 Topps Basketball sans les rookies légendaires
Privé de ses deux attractions principales, le set 1979-80 mise sur les étoiles établies :
- Kareem Abdul-Jabbar (#110) : le MVP en titre, meilleur joueur de la ligue
- Julius Erving (#130) : Dr. J, le visage de la NBA
- Pete Maravich (#60) : le Pistol, magicien du ballon
- Bill Walton (#45) : le MVP 1978, mais déjà blessé et sur le déclin
- Moses Malone (#101) : le dominant pivot des Rockets
- George Gervin (#20) : The Iceman, scoreur impitoyable des Spurs
- David Thompson (#50) : Skywalker, l’athlète spectaculaire
- Robert Parish (#86) : le Chief, futur membre du Big Three des Celtics
Valeur et collection aujourd’hui
Le set 1979-80 Topps Basketball est abordable et accessible, ce qui en fait une excellente entrée dans le vintage basketball :
- Set complet : environ 100-200 dollars en excellent état
- Cartes communes : quelques dollars
- Alex English rookie (#31) : 60$ (PSA 8) à 3 000$ (PSA 10)
- Reggie Theus rookie (#44) : 5$ (raw) à 25$ (PSA 10)
Verdict : le set oublié de la rivalité légendaire
Le set 1979-80 Topps Basketball est un paradoxe. C’est le set de la saison rookie de Bird et Magic, mais il ne les contient pas. C’est un set « standard » dans sa forme, mais historique dans son contexte. C’est abordable pour les collectionneurs, mais il manque les deux cartes qui auraient pu le rendre inestimable.
Et pourtant, il a son charme. Il capture la NBA juste avant qu’elle n’explose, avec des stars établies qui ne savent pas encore que deux rookies vont voler la vedette. Il contient la rookie d’Alex English, l’un des scoreurs les plus sous-estimés de l’histoire. Et il précède immédiatement le set 1980-81, qui réparera l’erreur et créera la carte la plus iconique des années 80 dés l’entame de la décennie.
Pour le collectionneur moderne, le 1979-80 est une pièce de transition. Il te permet de posséder un morceau de l’histoire de la rivalité Bird-Magic sans payer les sommes folles du set 1980-81. Et puis il y a quelque chose de poétique à collectionner le set qui a « raté » les deux plus grandes stars de sa génération.
55 ans plus tard, alors que Bird et Magic sont entrés au Hall of Fame et que leur rivalité est devenue légendaire, le set 1979-80 reste ce moment figé où le cardboard n’avait pas encore compris ce qui se passait sur les parquets.
Et toi, tu préfères le set « pur » de 1979-80 avec ses rookies sous-estimés, ou tu vas directement au grail 1980-81 avec Bird et Magic sur la même carte ? Perso, je dis : pourquoi pas les deux ? L’histoire du basketball a besoin de ses ratés pour mieux apprécier ses triomphes.



