Novembre 2004. Le monde du Magic sort d’un bloc mythologique japonais mal aimé. Encore secoué par les échos métalliques de Mirrodin, WotC balance non pas un set, mais un uppercut comique en forme de clown triste : Magic Unhinged. Pas de plan héroïque, pas de guerre cosmique, pas de légendes indestructibles. Juste des ânes qui disent « ass », des cartes qui te forcent à sauter, et un Richard Garfield en tenue de docteur qui te signe ton deck comme un autographe moqueur. Bienvenue dans le seul set où le quatrième mur est fait de carton-pâte… et où ça fout un bordel magnifique.
Quand le jeu devient performance
Contrairement aux autres extensions, Unhinged ne cherche pas à raconter une histoire ou à affiner la stratégie. Il veut te faire chier. Littéralement. Avec des mécaniques comme Gotcha, tu dois surveiller ce que dit ton pote pendant la partie — et si jamais il prononce « tap », « draw » ou « putain mais c’est nul ce deck », tu cries « Gotcha ! » et récupères ta carte. C’est du Magic transformé en théâtre d’improvisation, où chaque tour ressemble à un sketch raté de Monty Python.
Et puis il y a les mini-jeux : bras de fer, concours de souffle, pierre-feuille-ciseaux… Tu veux jouer Face to Face ? Parfait. Mais si tu perds le duel IRL, tu donnes 3 points de vie à ton adversaire. Oui, Magic t’oblige désormais à avoir des compétences sociales. Et physiques. Et à ne pas être un connard, sinon ton deck te punira.

Des fractions, des ânes, et un peu de folie
Ah, les fractions. Ce cauchemar mathématique pour ceux qui ont séché les cours de collège. Little Girl coûte ½ mana blanc. Cheap Ass coûte ½ mana moins cher. Mons’s Goblin Waiters produit ½ mana rouge. Résultat ? Des parties où tu calcules des tiers de dégâts, des demis de mana, et où ton cerveau fond comme un fromage suisse. Comme le dit un vieux briscard : « Si tu joues Unhinged sans calculatrice, t’es soit un génie, soit un maso. »
Mais le vrai cœur du set, c’est l’humour absurde. Les Donkeys (oui, des ânes) sont rebaptisés « Asses » pour permettre mille blagues vaseuses. Ass Whuppin’ te force à frapper ton adversaire (gentiment, hein). City of Ass est une version améliorée de City of Brass, mais avec des dômes en forme de fesses. Et Super Secret Tech ? Une carte qui n’existe que en foil, et dont l’effet dépend de… la couche métallique de la carte elle-même. C’est du design de cartes comme on n’en fait plus : risqué, personnel, borderline illisible.
L’art de se moquer de soi-même
Magic Unhinged est aussi un hommage auto-parodique. Blast from the Past et Old Fogey rassemblent des mécaniques oubliées (banding, rampage, echo) dans un délire nostalgie façon musée des horreurs. Duh détruit toute créature avec du texte de rappel… et son illustration montre un monstre écrasé par des parenthèses géantes. Le hic ? Personne ne pige la blague. Même avec un Post-it jaune dessus. C’est cruel, brillant, et vaguement sadique.
Et puis il y a Richard Garfield, Ph.D., une carte légendaire qui te permet de piocher à volonté… à condition de payer en cartes de ton deck. Son art ? Le bonhomme signe ton deck en vrai. En foil, sa signature apparaît en métal. C’est à la fois un clin d’œil au créateur du jeu, et une manière de dire : « Ouais, on sait que c’est con. Mais c’est notre connerie. »
Pourquoi ça a foiré (et pourquoi c’est génial)
À sa sortie, Unhinged a été massacré. Trop bête, trop casse-gueule, trop « gimmick ». Les joueurs sérieux l’ont ignoré. Les tournois l’ont banni (seuls les terrains sont légaux). Pendant 13 ans, Wizards n’a plus osé toucher aux sets comiques. Et pourtant… ce set respire la liberté. C’est le seul moment où Magic arrête de se prendre au sérieux pour explorer l’absurde, le physique, le verbal, le social.
Il y a même des pépites cachées. Johnny, Combo Player rend hommage aux joueurs de combo. Fascist Art Director te force à choisir un artiste… et à le persécuter. Goblin Mime est piégé dans une bulle de foil, muet, impuissant — une métaphore parfaite du joueur coincé dans les règles. Et Urza’s Hot Tub ? Une carte qui montre Urza, réduit à une tête flottante, en train de buller avec AWOL, le monstre disparu. C’est du lore, du trash, du poétique… tout en même temps.
L’héritage du chaos contrôlé
Quand Unstable est sorti en 2017, il a repris l’esprit d’Unhinged… mais en plus poli. Plus testé. Moins dangereux. Résultat : moins drôle. Car le génie d’Unhinged, c’est justement son manque de filtre. C’est un set qui assume ses défauts, qui te regarde droit dans les yeux et te dit : « Si t’as pas d’humour, va jouer à Poker. »
Aujourd’hui, dans un jeu dominé par le format Commander, les cartes d’Unhinged reviennent en force — surtout dans les decks « jank » ou « silver-bordered ». Krark’s Thumb (hérité de Goblins vs Gnomes, mais popularisé ici) est un must-have. Curse of the Fire Penguin transforme n’importe quelle créature en manchot enflammé. Et The Cheese Stands Alone ? Devenu Barren Glory en bordure noire, mais ici, c’est juste un fromage solitaire. Parce que, comme pour le set Unglued, pourquoi pas ?

Un classique mal aimé, mais nécessaire
Magic Unhinged n’est pas fait pour gagner. Il est fait pour rire, s’énerver, se demander « mais qu’est-ce que je fous là ? », puis recommencer. C’est le set idéal pour une soirée entre potes, bière à la main, où les règles volent par la fenêtre et où le but n’est plus de vaincre, mais de survivre à la honte.
Alors oui, c’est con. Oui, c’est laid par moments. Oui, ça fait chier de devoir se lever toutes les deux minutes. Mais bordel, c’est vivant. Et dans un jeu de plus en plus optimisé, formaté, algorithmisé… parfois, on a besoin d’un peu de chaos. Même si ce chaos sent le cul d’âne.
- Sortie officielle : 20 novembre 2004
- Cartes : 141 (55 communes, 40 non communes, 40 rares, 5 terrains, 1 Special)
- Code d’extension : UNH
- Répartition : Blanc (22) – Bleu (25) – Noir (23) – Rouge (21) – Vert (24) – Multicouleurs (5) – Artefacts (14)
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