– T’as encore ce deck Spirale Temporelle (Time Spiral) ? Celui avec les cartes en noir-bordure et les autres en blanc ?
– Ouais… mais j’le sors plus. Depuis que j’ai compris qu’il me renvoyait à mes pires souvenirs de tournoi.
On est là, dans mon garage, entre une vieille table de ping-pong et une étagère pleine de boosters jaunis. Dehors, il fait gris. Dedans, ça sent la bière artisanale, la poussière, et ce truc indéfinissable qu’ont les cartes quand elles ont vu trop de défaites. Et on parle de l’extension Magic Spirale Temporelle. Pas comme un set. Comme une thérapie de groupe pour joueurs traumatisés.
Parce que quand t’ouvrais ton premier booster en 2006, t’avais pas l’impression de piocher des cartes. T’avais l’impression de fouiller dans ta propre mémoire.
« C’est quoi ce bordel de couleurs différentes ? »
La première chose qui te frappe, c’est ça : dans chaque pack, y’a des cartes en à bordures noires et d’autres en bordures blanches. Les unes sont nouvelles. Les autres ? Des rééditions de cartes oubliées, ressuscitées comme des fantômes. Dark Ritual. Lightning Bolt. Ancestral Recall (en foil, bien sûr). C’est du design sadique. Tu crois ouvrir un nouveau monde et tu tombes sur ton premier Counterspell, celui que tu as perdu à ta première compétition.

C’est pas du Magic The Gathering. C’est une séance de psychanalyse avec des dés à 20 faces.
Et en vrai, ça marche. Parce que Spirale Temporelle ne joue pas avec le temps. Elle le mange. Le digère. Elle te le ressort sous forme de nostalgie aigre-douce.
« Split Second ? Plus personne ne parle après ça. »
Mais attention : ce set n’est pas juste un musée. Il est aussi une arme.
Prends Split Second. Tu lances Sudden Death ? Personne ne peut répondre. Même pas un instant. Même pas un mot. C’est du silence absolu. Comme quand ton ex te quitte sans prévenir. Brutal. Final. Et plutôt efficace.
Ou Suspend. Tu veux jouer Ancestral Vision ? Impossible. Sauf si tu l’exiles pendant quatre tours. Alors là, elle arrive avec hâte. C’est du contrôle temporel pur. Tu planifies ta victoire comme un stratège militaire. Et quand elle tombe, ton adversaire comprend qu’il était mort depuis le début.
Et Flash ? Tout devient instantané. Même les terrains. Même les enchantements. Tu peux balancer Mystic Snake en réponse à un sort, puis le sacrifier pour annuler un autre. Du pur chaos organisé. Du jazz magique.
« Teferi, mon pote, t’as merdé. »
L’histoire ? Oh, elle est simple. Teferi revient sur Dominaria après avoir phasé des continents entiers. Sauf que le plan est en ruine. Des rifts temporels crachent des gobelins des années 90, des Slivers de Tempête, et même des Kavu (oui, ces bestioles oubliées que personne ne regrette).
Mais au lieu de réparer, Teferi panique. Et le set suit son délire : on mélange passé, présent, futur. On ressuscite des mécaniques mortes depuis des lustres : Echo, Madness, Flanking, Storm. Même les Rebels reviennent, comme des fantômes de Masques de Mercadia.
C’est du design régressif mais conscient. Comme si Wizards of The Coast disait : « Vous vous plaignez qu’on oublie le passé ? OK. Voilà. Bouffez-en. »
« Mon premier Magus of the Jar, je l’ai vendu pour payer un loyer. »
Et puis il y a les Magus. Ces moines élégants qui incarnent des artefacts légendaires. Magus of the Scroll = Cursed Scroll. Magus of the Disk = Nevinyrral’s Disk. C’est beau. C’est poétique. Inutile en compétition mais tellement cool en Commander.
Mais le vrai chef-d’œuvre, c’est Dark Depths. Une terre inoffensive jusqu’à ce que tu y mettes 10 marqueurs. Alors, un dragon géant apparaît. Un putain de Marit Lage. Et si t’as Vampire Hexmage dans ton deck ? Boum. Tour 2. Fin du jeu. C’est le combo le plus élégant de l’histoire de Magic. Et il vient de là.
« Ce set, c’est ton adolescence en carton. »
Le truc fou, c’est que Magic Spirale Temporelle ne date pas. Elle vieillit avec toi. À 20 ans, tu la jouais pour le Storm, le Madness, le Combo. À 30, pour la nostalgie. À 40, pour les cartes qui racontent des histoires vraies : la chute de Dominaria, la folie de Teferi, le poids du temps. À 50, tu regardes les illustrations parce que t’a plus assez de cerveau pour y jouer (lol).
Même les thèmes decks sont intelligents. Time Sieve te force à manipuler le temps. Temporal Fissure joue avec les retours en main. Endless Swarm ? Une horde de créatures qui reviennent encore et encore. C’est du Magic pensé comme une boucle temporelle.
Et puis, sachez-le : il y a quelque chose de profondément humain dans l’idée de vouloir réécrire le passé. De corriger ses erreurs. De retrouver ce qu’on a perdu. C’est ça, le vrai cœur de cette Spirale Temporelle. Pas les rifts. Pas les mécaniques. La mélancolie.
Le sous-set Timeshifted
Dans Time Spiral, le passé n’est pas juste une référence : il est littéralement emballé dans chaque booster. Le sous-ensemble des cartes « timeshifted » (121 réimpressions issues d’avant Mirrodin) débarque comme un fantôme bien réel. Vêtu de l’ancien cadre Magic 7e édition et marqué d’un symbole d’expansion violet, rareté inédite qui les distingue sans les isoler. Une de ces cartes surgit dans chaque pack, rendant leur présence deux fois moins fréquente que celle des rares classiques (80 au total) mais avec une densité suffisante pour en faire des piliers du format limité.
Dans les decks préconstruits, elles retrouvent même leur rareté d’origine. On y trouve donc des Lightning Bolt, Dark Ritual ou Counterspell en multiples, comme si les années 90 avaient décidé de squatter le présent sans demander la permission. Légales partout où l’est Time Spiral, ces cartes ne sont pas de simples clins d’œil. Ce sont des reliques actives, des outils de jeu pleinement opérationnels, intégrées au bloc comme des souvenirs armés. Elles incarnent l’essence même du set : le passé n’est pas derrière nous. Il est sur la table, prêt à jouer.

« Allez, ouvre un booster. Pour le vieux temps. »
Il faut l’avouer, ce set est confus. Trop de cartes. Trop de références. Et surtout trop de bordures noires dans un monde qui venait de passer au blanc. Mais c’est justement ce bordel qui le rend vivant.
Parce que l’extension Magic Spirale Temporelle n’est pas un set. C’est un miroir. Et chaque fois que tu y regardes, tu vois un peu de toi-même en version plus jeune, plus naïve, et un peu plus con.
– Tu veux une autre bière ?
– Ouais. Et cette fois, j’espère un Lightning Bolt en foil. J’ai besoin de me rappeler que parfois, les choses simples suffisent.
- Sortie officielle : 6 octobre 2006
- Cartes : 423 dont 121 rééditions (121 communes, 80 non communes, 80 rares, 20 terrains)
- Code d’extension : TSP
- Répartition : Blanc (65) – Bleu (65) – Noir (65) – Rouge (65) – Vert (65) – Multicouleur (28) – Artefacts (31)
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