Messieurs, Mesdames, Chamanes, Seigneurs, Tacticiens. Si vous tenez ce document, c’est que la hiérarchie tribale de Lorwyn a échoué. Pire : elle a été renversée. Non pas par une armée, non pas par un dieu mais par une simple extension : Lèveciel.
Car contrairement à ce que prétendait Lorwyn, le monde n’était pas divisé en huit races nobles. Il était truffé de classes. Et dès que ces classes ont été révélées, tout s’est effondré.
ARCHIVES CLASSIFIÉES – NIVEAU TRIBAL ALPHA
Accès restreint aux chefs de clan, seigneurs de guilde et espions agréés
Sujet : Analyse post-catastrophe de l’événement « Lèveciel » (code opérationnel : Morningtide)
Statut : Urgent / Menace sociétale confirmée
Classe I : Les Guerriers (Warriors)
Longtemps méprisés comme simples brutes, les Warriors sont devenus l’épine dorsale de toute stratégie agressive. Grâce à Wizened Cenn, chaque guerrier blanc gagne +1/+1. Mais le vrai danger ? Brion Stoutarm, qui transforme chaque créature en projectile vivant. Un Warrior n’est plus un soldat. C’est une arme balistique avec des yeux.

Et ne sous-estimez pas Bramblewood Paragon : il booste vos Warriors ET vous fait piocher quand l’un d’eux meurt. C’est du contrôle social déguisé en générosité.
Classe II : Les Sorciers (Wizards)
Les Merfolk pensaient dominer la magie. Erreur. Les Wizards, eux, manipulent le jeu à volonté. Vendilion Clique vous force à montrer votre main, puis à jeter une carte. De l’espionnage pur, sans combat. Notorious Throng crée une armée entière et vous donne un tour supplémentaire. Oui, vous avez bien lu. Un putain de tour en plus.
Et Wanderwine Prophets ? Il pioche quand il attaque. En Commander, il devient un moteur infini de cartes. Les Wizards ne lancent pas de sorts. Ils réécrivent les règles pendant que vous dormez.
Classe III : Les Voleurs (Rogues)
Ici, on ne frappe pas frontalement. On frappe dans le dos, dans la tête, dans l’âme. Thieves’ Auction échange toutes les créatures en jeu. Imaginez : votre légendaire devient leur légendaire. Votre cauchemar devient le leur. C’est du chaos pur, signé Faerie.
Et Shuriken ? Une arme qui tue n’importe quelle créature … si elle est seule. Dans un monde de masses, c’est une exception mortelle. Les Rogues ne veulent pas gagner. Ils veulent que vous perdiez. Et si possible lentement.
Classe IV : Les Shamans
Ce ne sont pas des guérisseurs. Ce sont des ingénieurs de la douleur. Rage Forger booste tous vos Shamans quand l’un d’eux arrive. Gilt-Leaf Archdruid sacrifie vos Elfes pour voler ceux de l’adversaire. C’est du recrutement forcé, version verte.
Mais le pire ? Herbal Poultice. Il soigne, oui. Mais surtout, il permet de rejouer une créature depuis le cimetière. En combo avec Chameleon Colossus, ça devient une boucle de régénération infinie. Les Shamans ne croient pas à la mort. Ils y jouent.
Classe V : Les Soldats
Les Kithkin pensaient être les seuls défenseurs de Lorwyn. Détrompez-vous. Les Soldiers, eux, obéissent à Cenn’s Tactician, qui leur donne +1/+1 pour chaque autre Soldier. Plus ils sont nombreux, plus ils sont forts. C’est de la logique militaire pure.
Et Cloudgoat Ranger ? Il crée trois tokens Soldiers ET vole. En un seul tour, il transforme la défense en offensive aérienne. Les Soldats ne protègent pas Lorwyn, ils la conquièrent.
Mais le vrai génie de Lèveciel, c’est d’avoir introduit les Lords de classe. Pas juste des créatures. Des catalyseurs sociaux. Chaque classe a son chef, son idéologue voire son tyran bienveillant.
Et pire encore : les Equipements tribaux. Cloak and Dagger pour les Rogues. Obsidian Battle-Axe pour les Warriors. Ces armes ne peuvent être équipées gratuitement qu’à leur propre caste. C’est de la discrimination mécanique. Du racisme ludique. Brillant. Terrifiant.
Sans oublier les Bannerets, ces hybrides qui réduisent le coût des deux races qu’ils incarnent. Ballyrush Banneret rend les Soldiers et Kithkin moins chers. Frogtosser Banneret fait de même pour Goblins et Rogues. Ce ne sont pas des cartes. Ce sont des ponts entre castes. Des traitres utiles.
Et puis il y a les Pseudo-Lords. Comme Taurean Mauler, qui grossit à chaque sort lancé par un adversaire. Ou Chameleon Colossus, qui devient indestructible s’il est bloqué par une créature plus petite. Eux ne sont pas des chefs mais des anomalies. Des erreurs du système.
Lèveciel dans l’histoire
Mais pourquoi Lèveciel a-t-elle si mal vieilli commercialement ? Parce qu’elle a osé dire la vérité : Lorwyn n’était pas un paradis tribal. C’était une dictature des classes. Et dès qu’on a mis un nom sur chaque rôle, le mythe s’est effondré.
Les joueurs voulaient des Elfes vs Gobelins. Ils ont eu des Shamans vs Wizards. Ils voulaient de la poésie celtique et ils ont eu de la sociologie froide, presque marxiste.

Pourtant, l’extension reste un chef-d’œuvre de design. Elle ne vend pas du rêve, elle vend de la structure. Elle ne raconte pas une histoire, elle décortique un système.
Et aujourd’hui, en 2026, alors que Magic explore toujours les typal decks, les Commanders de classe, les synergies de métier on réalise que Lèveciel avait raison. Le futur n’était pas dans les races. Il était dans les rôles.
Alors la prochaine fois que vous jouerez un deck Merfolk, demandez-vous : êtes-vous un Merfolk ou un Wizard ? Parce que si vous utilisez Merrow Reejerey pour booster vos sorts, vous n’êtes plus un poisson. Vous êtes un mage.
Et c’est là que Lèveciel vous aura eu.
- Sortie officielle : 1 février 2008
- Cartes : 150 dont 3 rééditions (60 communes, 40 non communes, 50 rares)
- Code d’extension : MOR
- Répartition : Blanc (28) – Bleu (28) – Noir (28) – Rouge (28) – Vert (28) – Artefacts (6)
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