Core Set 2010 : l’été où Magic tourna une page

Mise à jour : 22 février 2026 - 5 minutes de lecture
Magic Core Set 2010

Le 17 juillet 2009, personne n’a sonné les cloches. Pas de défilé dans les rues, pas de feux d’artifice au-dessus du quartier général de Wizards of the Coast. Juste des cartons qui débarquent dans les magasins de jeux avec cette couverture bleu nuit où flotte un sphinx impassible. Magic Core Set 2010 posait là, tranquille, comme un livre de poche qu’on glisse dans la poche arrière sans y penser. Et pourtant, ce core set venait d’assassiner en douceur tout ce qu’on croyait savoir des fondations du jeu. Pas avec fracas, non : avec la précision d’un chirurgien qui retire un organe défaillant pendant que le patient regarde la télé.

Le grand ménage des fantômes

Avant M10, jouer à Magic ressemblait à habiter une maison ancienne : charmante mais truffée de passages secrets inutiles et de tuyauteries qui grincent. Le mana burn (cette règle qui te faisait perdre un point de vie par mana inutilisé à la fin du tour) n’avait plus de sens depuis longtemps. C’était un vestige juridique, un tic de langage que plus personne ne comprenait mais que personne n’osait supprimer.

booster pack 2010 core set magic

Comme ces vieilles lois qui interdisent de manger de la glace le dimanche. Le Core Set 2010 a tout balayé d’un revers de main. Fini les « comes into play » remplacés par « enters the battlefield », finis les dégâts de combat qui traversaient la mort comme des poings spectraux. Mark Gottlieb, le gardien des règles, parlait de « fluidité ». Moi je dis : on pouvait enfin respirer sans craindre d’étouffer sur un wording obsolète. Ce nettoyage n’était pas cosmétique, c’était une libération. Comme jeter les vieilles factures qui encombrent le tiroir de la cuisine : tu ne t’en rends pas compte tant qu’elles sont là, mais une fois parties, l’espace respire.

Quand les dieux devinrent monnaie courante

Pendant des années, les core sets avaient servi de musée ambulant. Des vitrines poussiéreuses où relancer Serra Angel ou Shock comme on ressort la vaisselle du dimanche. Depuis Magic Beta, pas une seule carte neuve. Magic 2010 a brûlé le musée. Cent douze nouvelles créatures, sorts, enchantements, etc. Pas des bombes, non, des ajustements subtils : Soul’s Attendant qui soigne à chaque arrivée de créature, Liliana’s Caress qui transforme la mort en alliée, Ajani’s Pridemate qui gonfle à chaque point de vie gagné.

Mais le vrai séisme tenait dans cinq noms imprimés en mythic rare : Garruk, Jace, Liliana, Chandra, Ajani. Les premiers planeswalkers, jusque-là réservés aux sets d’expansion, faisaient leur entrée dans le socle même du jeu. Pas comme des curiosités exotiques mais en tant que piliers. D’un coup, le pouvoir cosmique devenait accessible à celui qui achetait son premier booster. Pas besoin de chasser les éditions limitées de Lorwyn, pas besoin de supplier un vétéran. Chandra Nalaar trônait dans ton deck de base, prête à cracher du feu sur la gueule du monde. Cette banalisation des dieux de poche redéfinirait l’équilibre du jeu pour la décennie suivante.

Le rythme qui changea tout

Le Core Set 2010 portait une autre révolution, moins visible mais plus profonde : la fin du rythme biennal. Depuis 1995 nous avions droit à un core set tous les deux ans. Assez pour que le format stagne, que les decks deviennent des monuments immuables, que les collectionneurs s’ennuient. Désormais, chaque été apporterait son renouveau. Cette décision transformerait silencieusement l’écosystème entier. Parce qu’il y allait y avoir une accélération du cycle de vie des cartes, obsolescence programmée des archétypes, création d’un flux continu où il faudrait courir pour ne pas se faire engloutir. En 2009, personne ne mesurait encore l’ampleur du raz-de-marée. On ouvrait ses boosters, on triait ses mythics, on se plaignait du nouveau wording et on laissait Magic 2010 s’installer dans nos habitudes comme un colocataire discret qui, sans qu’on s’en rende compte, finit par redécorer tout l’appartement.

Aujourd’hui, relire les notes de développement de ce core set, c’est comme feuilleter le journal intime d’un adulte qui décide un matin de raser la barbe de trois jours qu’il porte depuis vingt ans. Pas de drame, juste un geste simple qui change la donne. Magic 2010 n’a pas crié. Il n’a pas fracassé les murs. Il a ouvert une fenêtre dans une pièce où l’air était devenu lourd, et laissé entrer le vent.

cartes magic core set 2010

Le mana burn est mort sans funérailles. Les planeswalkers sont devenus ordinaires. Les règles ont perdu leur rugosité juridique. Et nous, joueurs trentenaires qui avions grandi avec des core sets faits de reprints poussiéreux, nous avons appris ce jour-là que même les fondations peuvent bouger. Qu’un jeu peut vieillir sans devenir vieux, pourvu qu’il accepte de se couper les cheveux de temps en temps. Ce set ne fut pas un tremblement de terre. Ce fut le jour où la terre a simplement changé de texture sous nos pieds et où, sans même nous en rendre compte, nous avons recommencé à marcher autrement.

  • Sortie officielle : 17 juillet 2009
  • Cartes : 249 dont 118 rééditions (101 communes, 60 non communes, 53 rares, 15 mythique rares, 20 terrains)
  • Code d’extension : M10
  • Répartition : Blanc (41) – Bleu (41) – Noir (41) – Rouge (41) – Vert (41) – Artefacts (17)

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Par Arkan

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