En 2019, Mega Crit Games intégrait le paysage des jeux indépendants avec Slay the Spire, un roguelike de construction de deck qui allait définir un genre entier. Cinq ans plus tard, cette expérience addictive quitte l’écran pour envahir nos tables de salon grâce à une adaptation en jeu de plateau qui défie toutes les attentes. Sorti le 25 juillet 2024 après une campagne Kickstarter phénoménale ayant récolté près de 4 millions de dollars en seulement six minutes, Slay the Spire : The Board Game prouve que certains chefs-d’œuvre numériques peuvent trouver une seconde vie physique sans perdre leur essence.
De l’écran à la table : une transposition audacieuse
À première vue, l’entreprise semblait risquée voire superflue. Le jeu vidéo original, avec ses centaines d’heures de gameplay et sa gestion algorithmique complexe, paraissait intrinsèquement lié au format digital. Pourtant, Contention Games, mené par Gary Dworetsky, a réussi l’exploit de capturer la magie du Spire tout en créant une expérience authentiquement sociale. L’adaptation transforme l’aventure solitaire en parcours coopératif où jusqu’à quatre joueurs doivent coordonner leurs stratégies pour survivre.
Le cœur du système reste fidèle à l’original. Vous incarnez l’un des quatre personnages emblématiques (Ironclad, guerrier à la grand épée, Silent chasseuse aux poisons mortels, Defect androïde manipulateur d’orbes ou Watcher maîtresse des postures divines). Chacun commence avec un deck de base qu’il enrichira au fil des combats, gérant une ressource d’énergie limitée pour jouer ses cartes. La règle d’or persiste : si un joueur voit ses points de vie tomber à zéro, toute l’équipe échoue et doit recommencer depuis le début.
Une mécanique de jeu hybride et novatrice
Ce qui distingue immédiatement le jeu de plateau de son aîné digital, c’est son système de tour hybride. Les joueurs peuvent agir simultanément pour résoudre rapidement les combats contre leurs ennemis respectifs. Mais ils peuvent aussi opter pour un ordre de tour précis quand la coordination l’exige. Cette flexibilité permet des combos élaborés où un joueur applique un effet de vulnérabilité avant qu’un autre ne frappe avec une attaque dévastatrice. Le tout sans sacrifier le rythme de la partie.
Le matériel impressionne par sa qualité et son abondance. La boîte contient plus de 650 cartes, 4 miniatures détaillées, 450 sleeves pour protéger les cartes les plus utilisées, et une multitude de tokens, plateaux et organiseurs. Chaque personnage dispose de son propre deck de récompenses, de cartes de statut, et d’une planche individuelle pour tracker santé, énergie et bloc. Le système de map modulaire, générée aléatoirement à chaque partie, garantit que nul parcours ne ressemble au précédent.

La progression roguelike tangible
L’essence roguelike (mourir, apprendre, recommencer plus fort) est préservée grâce à un système de déverrouillage ingénieux. Entre chaque run, les joueurs cochent des cases sur une feuille de progression pour débloquer de nouvelles cartes, des reliques supplémentaires et même un 4e acte secret avec son boss final ultime. Les 13 niveaux d’Ascension augmentent progressivement la difficulté, ajoutant des handicaps variés qui testeront les deckbuilders les plus aguerris.
Les critiques unanimes saluent cette réussite technique. Soulignant que le jeu brille autant en solo qu’en coopératif, devenant même « l’un des meilleurs jeux coopératifs » du moment (selon GameRadar). Les avis des joueurs confirment cette excellence. Sur BoardGameGeek, le titre affiche une note moyenne élevée et a remporté le prix du Golden Geek Best Solo Board Game 2024.
4 héros, 4 philosophies
La diversité des personnages assure une rejouabilité infinie. L’Ironclad, avec sa bonne santé et sa capacité à régénérer entre les combats, représente la voie de la force brute et de la simplicité, idéale pour les débutants. La Silent excelle dans la défense et le poison, manipulant son deck avec une agilité déconcertante pour maximiser ses combos de défausse. Le perso Defect offre une complexité gratifiante avec ses orbes élémentaires qui génèrent des dégâts ou du bloc à chaque tour. Enfin, la Watcher, maîtresse des postures Calme et Colère, peut infliger des dégâts spectaculaires mais demande une maîtrise avancée de ses mécaniques de changement d’état.
Chaque personnage possède des stratégies distinctes : accumulation de Force ou exploitation des cartes épuisées, jongler entre poisons et manipulation de deck, etc. Cette variété incite à explorer toutes les facettes du jeu, d’autant que certaines reliques et cartes colorless permettent des constructions hybrides audacieuses.

Un investissement qui se justifie
Avec un prix de vente avoisinant les 100 à 125 dollars selon les éditions, Slay the Spire : The Board Game représente un investissement conséquent. Cependant, le rapport contenu-prix est indéniable. Des centaines d’heures de gameplay et une rejouabilité quasi-infinie grâce à la génération aléatoire des maps et des decks. On a aussi droit à une qualité de production premium qui justifie l’achat pour les amateurs de jeux de cartes lourds.
L’adaptation réussit même à corriger certains défauts du jeu vidéo. La gestion physique des cartes, loin d’être une contrainte, crée une connexion tactile avec son deck que l’interface numérique ne permet pas. Le fait de voir ses cartes s’améliorer physiquement, de collectionner ses reliques en petits jetons tangibles, renforce l’attachement à son personnage et à sa progression .
L’avenir du Spire
L’aventure ne s’arrête pas là. Une extension Downfall est déjà prévue, promettant de nouveaux personnages jouables et du contenu additionnel pour prolonger l’expérience. J’en reparlerai lorsque la campagne Kickstarter sera lancée. Pendant ce temps, Mega Crit Games développe activement Slay the Spire 2, garantissant que la franchise continuera de fasciner les joueurs pendant des années.
Le jeu plaira autant au vétéran du jeu vidéo qui a passé des centaines d’heures à optimiser ses decks, qu’au novice curieux de découvrir ce phénomène du deckbuilding. Slay the Spire : The Board Game offre une expérience à la fois accessible et profondément stratégique. C’est la preuve irréfutable que certains chefs-d’œuvre transcendent leur médium d’origine pour devenir des classiques intemporels, aussi bien sur écran que sur table.
Autre jeu du moment à découvrir : toujours l’excellent Skyjo Action.



