Vous inclinez la carte. Lentement. Le chrome capte la lampe du bureau, et soudain, l’arc-en-ciel apparaît. Pas un gadget. Pas un effet de marketing. Juste un reflet qui transforme une image de basket en objet de désir. C’est ça, l’ADN du set 1997-98 Topps Chrome Basketball : une finition qui ne se contente pas de briller, elle révèle.
Par rapport au set annuel de base 1997-98 Topps Basketball, ce set Chrome ne comporte qu’une seule série de 220 cartes au lieu de 2 de 110. Le principe de Chrome étant de proposer beaucoup moins de subsets différents (3 types au lieu de 8), les checklists (cartes #110 et #220) « économisent » une face et la liste est remplacée par une image de joueur en bonus (Karl Malone MVP et Dikembe Mutombo défenseur de l’année).
Angle 1 : la lumière rasante
Ce set n’est pas le premier Chrome. Le premier était paru l’année précédente (1996-97 Topps Chrome Basketball). Il n’a pas l’excuse de la nouveauté. Et pourtant, il possède déjà quelque chose de plus mature, de plus assumé. Topps ne cherche plus à impressionner par l’innovation technique. Ils affinent et consolident. Ils créent un produit qui sait exactement ce qu’il est : une version premium, accessible, et terriblement addictive de la base Topps.
Le prix aussi s’adapte, on passe de 5$ à 3$ le pack, mais toujours avec une distribution retail uniquement. 220 cartes au total. Pas de hiérarchie complexe, pas de parallèles à perte de vue. Juste du chrome, du reflet, et l’essentiel : les joueurs.
Angle 2 : le regard de Jordan
Michael Jordan, carte #123. Les Bucks de Milwaukee figés en arrière-plan, impuissants. MJ en suspension, déterminé, presque détaché de la gravité. Cette photo ne montre pas juste un dunk. Elle montre une domination.

Ce n’est pas sa première Chrome. Ce ne sera pas sa dernière. Mais dans ce set de 1997-98, Jordan occupe une place singulière. Il est à la fois la star incontestée et un élément parmi d’autres d’une checklist équilibrée. Sa base card est recherchée, certes. Mais sa Refractor ? Là, les enchères s’emballent. Un pack sur 12 contient un Refractor. Pour tomber sur sa Refractor précise, il faut envisager des statistiques de l’ordre d’une chance sur 2 640. Une rareté mathématique qui se traduit en valeur réelle.
Et Jordan ne s’arrête pas là. La carte commémorative #51 célèbre le titre des Bulls avec une photo de parade, Jordan au premier plan, sourire victorieux. Au verso, elle sert de checklist pour les inserts, une astuce pratique qui en fait un objet hybride, à la fois carte et outil de collection.
Anecdote : Cette carte #51 est initialement celle de Latrell Sprewell (dans le set Topps basique). Mais après que ce dernier aie tenté d’étrangler son entraineur, sa cote de popularité à chuté auprès du public. Au point que Topps a décidé de retirer sa carte du set Chrome.
Puis viennent les inserts. Season’s Best #6, thème « Shooting Stars », design coloré qui tranche avec l’épure des bases. Et sa version Refractor, trois fois plus rare, qui fait littéralement exploser les couleurs sous la lumière. Topps 40 #T5, design full-bleed élégant, résultat d’un vote de joueurs, coaches et journalistes. Une carte hommage qui place Jordan au sommet d’une hiérarchie officielle. Et bien sûr, là aussi sa Refractor, plus discrète visuellement à cause de la photo sombre, mais tout aussi précieuse pour les puristes.
Six apparitions. Six facettes d’une même légende. Pas de surabondance. Juste de la densité.
Angle 3 : la promesse d’une rookie
Tim Duncan. Un nom qui, en 1997, ne disait pas encore grand-chose au grand public. Mais dans le microcosme du hobby, sa carte #115 dans ce set Chrome fait déjà battre les cœurs. Pourquoi ? Parce que les initiés ont vu quelque chose que d’autres ont manqué : un joueur complet, intelligent, intemporel.

Contrairement à l’année précédente, où Kobe et Iverson volaient la vedette, 1997-98 mise sur la subtilité. Duncan n’est pas la seule rookie, mais c’est celle qui vieillit le mieux. Autour de lui, des noms comme Tracy McGrady, Chauncey Billups, Ron Mercer ou Keith Van Horn complètent la checklist. Des joueurs solides, des carrières respectables. Mais une cuvée loin de l’année précédente et aucun qui ne possède cette étincelle particulière qui fait qu’une carte rookie devient un graal (ok, pour T-Mac ça se discute).
La carte de Duncan en Refractor ? Un objet de convoitise. Trouver une base correcte est déjà un défi, le centrage des Chrome de cette époque est notoirement capricieux. Alors imaginer un exemplaire arc-en-ciel, bien aligné, sans rayure … C’est le genre de quête qui occupe les collectionneurs pendant des années.
Angle 4 : l’insert comme univers
Les inserts de 1997-98 Topps Chrome Basketball ne sont pas de simples bonus. Ce sont des portes d’entrée vers des récits parallèles.
- Season’s Best (1 pack sur 8) : 29 cartes (la carte n°8 n’existe pas), 6 thèmes distincts, chacun avec son propre design. Shooting Stars (les marqueurs), Hot Shots, Key Master, Pressure Points, Front Court Finesse et Power Core. Chaque sous-ensemble raconte une facette du jeu. Leur version Refractor ? Bien plus rare (1 pack sur 24). Un insert déjà spécial devient exceptionnel.
- Topps 40 (39 cartes, 1 pack sur 6) : 39 joueurs (la carte n°7 n’existe pas) élus par leurs pairs, leurs coaches, les médias. Un concept qui donne du poids à chaque sélection. Le design ? Full-bleed, photo en pleine page, typographie épurée. Une esthétique qui tranche avec le chaos visuel de certains sets de l’époque. Jordan y figure, évidemment. Mais la vraie pépite, ce sont leurs versions Refractor (1 pack sur 18).
- Destiny (15 cartes, 1 pack sur 12) : 15 jeunes joueurs destinés à de grandes carrières NBA. Existent en versions Refractor (1 pack sur 48).
Ces inserts ne sont pas des distractions. Ils sont des couches supplémentaires de sens. Collectionner le Chrome 97-98, ce n’est pas juste accumuler des cartes. C’est assembler un puzzle narratif.

Angle 5 : le paradoxe de la rareté accessible
Voici une vérité contre-intuitive : ce set est à la fois facile à trouver et difficile à compléter.
Facile, parce qu’il était vendu en rayon, à trois dollars, sans restriction. N’importe qui pouvait acheter une boîte. Difficile, parce que cette accessibilité même a conduit à une surconsommation. Les packs ont été ouverts en masse. Les cartes, manipulées. Les surfaces chromées, rayées. Les coins, abîmés.
Ajoutez à cela les défauts de production : centrage approximatif, bords inégaux, reflets parfois ternes. Trouver un exemplaire « gem mint » relève de l’exploit statistique. C’est pourquoi les cartes gradées PSA 10 ou BGS 9.5 bénéficient de primes exponentielles. Un PSA 9 reste un excellent compromis pour le collectionneur qui privilégie l’esthétique à la perfection absolue.
Et puis il y a les Refractors. Un sur douze packs. Un arc-en-ciel qui apparaît quand la lumière frappe au bon angle. Sur un set de 220 cartes, tomber sur la carte que vous cherchez demande de la patience ou un budget conséquent. Cette tension entre accessibilité et rareté est au cœur de l’attrait durable de ce set.
Angle 6 : la surface qui se souvient
Le Chrome est beau. Mais il est fragile. La finition miroir marque au moindre contact. Une trace de doigt, un frottement dans un sleeve mal adapté, une exposition à l’humidité et la carte perd de son éclat.
Cette sensibilité n’est pas un défaut. C’est une caractéristique. Elle impose au collectionneur une relation attentive, presque ritualisée, avec l’objet. Ranger dans un penny sleeve. Protéger dans un toploader rigide. Stocker dans un environnement sec, à l’abri de la lumière directe et des mains de vos enfants/petits-enfants. Chaque geste compte.
Et si vous envisagez de faire grader une carte ? Sachez que les agences évaluent la surface visible. Un peel rayé, une micro-rayure invisible à l’œil nu, un léger voile d’oxydation tout cela peut faire chuter la note. Pour les cartes à forte valeur, l’expertise préalable est indispensable.

Angle 7 : le collectionneur en 2026
Presque trente ans plus tard, que reste-t-il de ce set 1997-98 Topps Chrome Basketball ? Beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Le marché du vintage NBA premium a explosé. Les cartes qui incarnent une époque, un design, une génération de joueurs sont recherchées par ceux qui ont grandi avec, et par les nouveaux venus qui découvrent leur potentiel.
Pour acquérir des pièces de ce set aujourd’hui privilégiez les exemplaires déjà gradés pour éviter les mauvaises surprises. Exigez des photos sous lumière rasante pour vérifier l’état du chrome et l’authenticité des Refractors. Méfiez-vous des descriptions trop optimistes : « excellent état » ne remplace pas une expertise visuelle. Et pour les rookies stars, acceptez que la perfection ait un prix : parfois, un PSA 9 bien centré offre plus de plaisir qu’un PSA 10 hors de portée.
Ouvrir un pack scellé, si vous en trouvez encore, c’est laisser le hasard décider. Ressentir ce frisson quand le reflet apparaît. Essayez de revivre cette sensation. Celle d’un après-midi de 1997, dans un rayon de grande surface, quand tout semblait possible.
Le Chrome ne vieillit pas. Il se patine. Et chaque reflet raconte une histoire. La vôtre.



