1957-58 Topps Basketball : l’année où le basket a recommencé à parler brièvement en carton

Mise à jour : 4 avril 2026 - 10 minutes de lecture
topps basketball 1957-58

Un gamin de dix ans, en 1957, trottine vers le drugstore du coin avec une pièce de cinq cents brûlant sa poche. Depuis neuf ans, personne n’avait pensé à lui vendre des cartes de basketball. Neuf ans. Une éternité quand on a dix ans. Et puis, un jour d’automne, derrière la vitrine poussiéreuse du magasin, il apparaît : un paquet jaune, rouge et bleu avec le mot magique « Topps Pro Basketball ». Le basket était de retour. Et ce retour allait rimer avec Bill Russell.


Le grand retour après l’ère Bowman

Il fallait remonter à 1948 pour trouver trace d’un set de basketball national américain. Bowman avait tenté l’aventure, puis le silence. Pendant neuf longues années, les collectionneurs dévoraient les cartes de baseball, de football, de hockey, mais le basket ? Rien. Nada. Le vide sidéral.

1957-58 Topps basketball booster pack

Jusqu’à ce que Topps, le géant de Brooklyn, décide de jeter son dévolu sur la NBA. La saison 1957-58 marquait un tournant : les Pistons de Fort Wayne déménageaient à Detroit, les Royals de Rochester s’installaient à Cincinnati. La ligue grandissait, cherchait son identité moderne. Et Topps, d’une certaine façon, allait immortaliser cette transition.

Ce n’était pourtant pas un pari gagné d’avance. Le set 1957-58 Topps basketball fut d’ailleurs le seul et unique de Topps pendant plus d’une décennie. La société ne reviendra au basketball qu’avec le set Topps Basketball 1969-70. Comme si, une fois le témoignage photographique rendu, il fallait laisser passer dix ans pour que légende et mythologie s’installent.


Le format classique, l’âme vintage

Pas de « Tall Boys » extravagants ici. Topps opte pour le format standard : 2-1/2 pouces sur 3-1/2 pouces (environ 6,35 x 8,9 cm), exactement comme les cartes de baseball de la même année. Et ça se voit : ces cartes respirent l’esthétique 1957 Topps Baseball, avec cette texture photographique particulière, ce grain vintage qui sent bon le nitrate d’argent et les flashs à lampe magnésium.

carte Nat Clifton 1957-58
Screenshot

Le recto présente une photo en couleur (parfois en action, souvent posée) encadrée d’une bordure blanche. En bas, un cartouche jaune vif affiche le prénom en petit et le nom de famille en grosses lettres capitales. À droite, un bloc rouge ou bleu indique l’équipe. Certains arrière-plans sont des murs de briques, des couloirs de gymnasiums, avec des ombres criardes typiques de la photographie d’époque. D’autres photos utilisent des fonds colorés unis (jaune perruche, brun brûlé, vert petit-pois) qui donnent à l’ensemble ce charme « campy » inimitable des années 50.

Le verso est une merveille de design. Un arceau de basket dans le coin supérieur gauche contient le numéro de carte. À côté, le nom du joueur et son équipe. Puis viennent quelques statistiques vitales (âge, poids, taille), une courte biographie, et un diagramme montrant la taille du joueur. Une colonne « Record Life » récapitule les stats année par année, et un cartoon sur le côté illustre souvent la stature imposante du joueur.

Oh, et on parle du prix ? 5 cents le booster. 5 fucking cent. Pour 6 cartes et un chewing gum. Où j’ai foutu la DeLorean ?


La malédiction des short prints et un Pettit mystère

Voici où l’histoire devient technique et fascinante. Le set compte 80 cartes, mais leur distribution sur les feuilles d’impression était loin d’être équitable.

Pour faire tenir 80 cartes sur une feuille d’impression, Topps a dû opérer des choix étranges :

  • 30 cartes en simple impression (single prints) : les plus rares
  • 49 cartes en double impression (double prints) : les plus courantes
  • 1 carte en quadruple impression (quadruple print) : la curiosité du set

Et cette carte quadruple, c’est Bob Pettit (#24). L’étoile des St. Louis Hawks, MVP 1956 et 1959, champion NBA 1958, est la carte la plus « commune » du set, imprimée quatre fois plus que les autres. Ironie du sort : une légende du jeu est la plus facile à trouver.

À l’inverse, les short prints sont un cauchemar pour les collectionneurs. Bill Russell (#77), Tom Heinsohn (#19), Cliff Hagan (#37), Jack George (#67), Andy Phillip (#75), Ed Fleming (#79), Dick Schnittker (#80) … Tous ces Hall of Famers ou joueurs clés sont des single prints, ce qui explique leur rareté exacerbée et leurs prix délirants.

Bill Russell #77 : la licorne du collectionneur NBA

Au sommet de cette pyramide trône la rookie card de Bill Russell. Numéro 77. Short print. Seule rookie card reconnue de l’homme qui allait gagner 11 titres NBA en 13 saisons et est toujours Top 5 des meilleurs joueurs NBA de l’histoire.

L’image montre Russell en défense, concentré, déjà prêt à saisir le rebond qui allait définir sa carrière. Il porte le maillot blanc des Celtics avec le numéro 6. Cette carte est devenue le Graal absolu du basketball vintage.

Les chiffres font tourner la tête :

  • PSA 10 (GEM MT) : inestimable (moins de 5 exemplaires connus)
  • PSA 9 (MINT) : environ 90 000 dollars (seulement 3 exemplaires recensés)
  • PSA 8.5 (NM-MT+) : 630 000 dollars (vente record d’août 2021)
  • PSA 8 (NM-MT) : entre 25 000 et 192 000 dollars selon le centrage
  • PSA 7 (NM) : environ 9 500 à 55 000 dollars
  • PSA 1 (Poor) : même dans un état pitoyable, la carte vaut plusieurs milliers de dollars

Mais attention : trouver une Russell bien centrée relève du miracle. Les problèmes de centrage (« centering ») et les défauts d’impression (« snowy print dots ») placent cette série parmi les plus difficiles à grader très haut.


Les rookies de la sainte trinité

Le set 1957-58 Topps Basketball n’a pas qu’une seule carte de rookie intéressante. C’est une avalanche de rookies Hall of Fame. Sur 80 cartes, 33 sont des rookies, et 25 de ces rookies représentent des Hall of Famers. Une densité de légendes jamais égalée.

carte Bob Cousy 1957-58

La Trinité Celtics :

  • Bill Russell (#77) : le défenseur ultime, 11 bagues, la définition de la grandeur
  • Bob Cousy (#17) : « The Houdini of the Hardwood », le meneur magicien
  • Tom Heinsohn (#19, SP) : « Tommy Gun », champion joueur puis entraîneur légendaire

Les Hawks de Saint-Louis (finalistes 1957, champions 1958) :

  • Bob Pettit (#24, Quadruple Print) : premier MVP de l’histoire NBA, 50 points en finale
  • Cliff Hagan (#37, SP) : « The Horse », star des années 50, un peu oublié depuis
  • Ed Macauley (#27) : « Easy Ed », Hall of Famer échangé contre Russell lui-même

Les pionniers :

  • Nat « Sweetwater » Clifton (#1) : premier joueur afro-américain à signer un contrat NBA. Topps l’a placé en carte #1, symbole fort dans un set de 1957 où la diversité commençait à faire son entrée.
  • Dolph Schayes (#13) : légende des Nationals de Syracuse, 12x All-Star
  • Bill Sharman (#5) : 4 titres avec Boston, 8x All-star, un des 3 seuls a être entré au HoF en tant que joueur et coach

Et encore : Jack Twyman (#71), Maurice Stokes (#42), George Yardley (#2), Neil Johnston (#3), Carl Braun (#4) & co. Chaque carte est une histoire, chaque nom est un pan du panthéon.


Les collectionneurs qui ont écrit la légende

Derrière ces cartes en carton se cachent des hommes passionnés qui ont consacré des décennies à assembler ces trésors.

Harold Sturner : dentiste visionnaire

Dans son cabinet dentaire, Harold Sturner a créé quelque chose d’unique au monde : un set 1957-58 Topps Basketball complet, signé par les 80 joueurs. Un travail de 20 ans d’achats « agressifs » pour traquer chaque signature.

Mais Sturner ne s’est pas arrêté là. Il possède les contrats Topps originaux de 79 des 80 joueurs (seul Cousy lui échappe, acheté par un autre enchérisseur il y a 17 ans et il cherche encore à le récupérer). Il détient les chèques signés par Topps, les épreuves de couleur (proofs), les transparents (supports imprimés pour rétroprojecteur) et même les photos Type 1 correspondant aux images des cartes.

Sa carte préférée ? La Bill Russell signée, avec l’autographe spécifique de sa saison rookie, reconnaissable entre mille.

source image : https://ripped.topps.com/

Michael Rakosi : Roi du PSA Registry

Michael Rakosi, 78 ans, a complété son set PSA dans les années 2000. Aujourd’hui, il détient 23 cartes 1-of-1 dans les plus hautes notes existantes, dont le seul PSA 10 du set (Dick Atha). Sur 80 cartes, 67 sont dans la meilleure notation connue. Sa note moyenne : 8.66, le plus haut du PSA Registry.

Rakosi a une sensibilité particulière pour Nat Clifton : « Il n’y avait pas de joueurs noirs dans le set ’48 [Bowman]. Topps était manifestement intéressé à promouvoir les joueurs noirs. C’est pourquoi Clifton est devenu la carte numéro un du set ’57 ».


Les pièges du collectionneur moderne

Si vous rêvez d’assembler ce set, préparez-vous à un parcours du combattant.

Le centrage est un cauchemar. Les cartes 1957-58 Topps Basketball sont notoirement décentrées, avec des bordures dissymétriques qui font hurler les gradateurs PSA. Une Russell PSA 8 « bien centrée » peut valoir 10 fois plus qu’une PSA 8 « miscut » (mal découpée).

Les points d’impression neigeux (« snowy print dots ») parsèment les surfaces sombres, vestiges des presses de l’époque. Les coins et bords souffrent du temps et du manque de protection, personne n’utilisait de top loaders en 1957.

La carte checklist n’existe pas dans ce set (contrairement aux sets suivants), ce qui simplifie la tâche, mais augmente la pression sur chaque carte individuelle.


Le marché actuel : des valeurs en fusion

Le set 1957-58 Topps est considéré comme l’un des trois grands sets de basketball vintage, aux côtés du 1948 Bowman et du 1961 Fleer. Et pour cause : c’est le seul set « moderne » (post-guerre) à capturer les débuts de Russell et la dynastie Celtics naissante.

Un set complet en bon état (sans grading) coûte plusieurs milliers de dollars. Un set gradé PSA 8 ou mieux ? L’addition peut atteindre des sommets stratosphériques, surtout avec une Russell haut de gamme.

Les « value plays » (cartes sous-évaluées) incluent parfois les communes des Hall of Famers moins médiatisés, mais même ces dernières ont vu leurs prix exploser avec l’engouement général pour le vintage basketball.


Épilogue : l’odeur du chewing-gum perdu

Il n’y a pas eu de boîtes scellées de 1957 Topps Basketball qui ont survécu, ou si peu que leur existence relève de la légende urbaine. Pas de « wax boxes » à ouvrir avec cette odeur sucrée de gomme à mâcher des années 50. Ce qui nous reste, ce sont ces cartes éparses, échappées des collections d’enfants devenus grands-parents, sauvées des poubelles par miracle.

Quand vous tenez une 1957 Topps Bill Russell entre vos mains, vous ne tenez pas qu’un morceau de carton. Vous tenez le début de quelque chose. L’aube d’une dynastie. Le premier pas d’un sport qui allait conquérir le monde. Et surtout, vous tenez le témoignage que, parfois, quand on croit qu’une histoire est finie (le basket n’avait pas eu de cartes depuis neuf ans), elle peut recommencer, plus belle et plus forte.

carte amare stoudemire

Pour la petite histoire, on retrouve le design de ce set 1957-58 dans le la série 2007-08 Topps, pour fêter le 50e anniversaire de sa sortie. Assez cool de retrouver des joueurs du moment comme Yao Ming, Dwyane Wade ou encore Jason Kidd.

Et si vous trouvez un jour une #77 dans un grenier, même toute fripée, avec les coins émoussés et le centre décalé envoyez-la moi ne la jetez pas. Appelez un expert (moi par exemple, comme ça je pourrai vous dire qu’elle vaut 1 Coca et 2 Mars et je vous en débarrasserai. Mais seulement parce que je suis sympa). Ce que vous avez là, c’est l’histoire du basketball moderne, condensée en quelques centimètres carrés de papier glacé.

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Par Arkan

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