1969-70 Topps Basketball : le Retour du Jedi des cartes du basket US

Mise à jour : 3 avril 2026 - 13 minutes de lecture
1969 70 topps basketball

Septembre 1969. Dans les drugstores de l’Amérique profonde, entre les racks de magazines et les distributeurs de Coca-Cola, quelque chose de magique renaissait. Après douze ans d’absence (une éternité pour un gamin de dix ans, surtout vu qu’il était même pas né) Topps revenait enfin sur le parquet du basketball. Et ils ne faisaient pas les choses à moitié : format XXL, design ovale audacieux, et une pléiade de rookies qui allaient définir une époque. Bienvenue dans l’année où le hobby a retrouvé ses « Tall Boys ».

L’appel de Philadelphie : comment Topps a (re)découvert le basket

L’histoire commence par un coup de fil. Un appel simple, presque anodin, qui allait changer la face du monde de la collection sportive américaine. Topps, qui avait produit sa dernière carte de basketball en 1957 avec la mythique carte rookie de Bill Russell, décidait de replonger dans l’univers NBA. Douze ans. C’est le temps qu’il a fallu pour que la ligue évolue suffisamment, que les franchises s’installent, que les stars commencent à devenir des icônes télévisuelles.

Le résultat ? Un set de 99 cartes qui allait instantanément entrer au panthéon des grands classiques. Michael Watchorn, propriétaire du 3ème meilleur set enregistré chez PSA, ne mâche pas ses mots : « Je pense que le set 1969 est clairement dans le top 3 des sets de basketball de tous les temps ». Geoff Burt, 5ème du même classement, abonde : « À mon avis, le 1957 Topps, le 1961 Fleer et ce set 1969 Topps sont les trois grands ».

Mais ce qui frappe d’abord, c’est la taille.


Le format Tall Boy : quand la taille compte

2 pouces et demi de large sur 4 pouces 11/16 de haut (environ 6,35 x 11,9 cm). Même gabarit que les cartes de hockey 1964-65 et de football NFL 1965 Topps. Des dimensions imposantes qui justifient pleinement le surnom de « Tall Boys » qui veut dire « les grands garçons ».

Le design ? Une audace graphique qui surprend encore aujourd’hui. Photo couleur du joueur insérée dans un cadre ovale, avec la tête qui dépasse parfois audacieusement au-dessus de la ligne supérieure. Quatre petites silhouettes de basketteurs en noir aux coins de l’ovale. Nom du joueur en rouge en haut, position en noir juste en dessous, équipe en rouge en bas. Une bordure blanche immaculée qui encadre le tout.

Le dos ? Cercle bleu avec le numéro de carte, nom et stats vitales (taille, poids, date de naissance) en haut. Un court texte descriptif et des statistiques année par année sur fond saumon. Et la touche finale : un cartoon dans un cercle qui semble tomber dans un panier, révélant une anecdote sur le joueur.

Certains cartoons révèlent des jobs d’été improbables : Bailey Howell (#5) vendait des assurances, John Block (#9) gérait un coffee shop, Don Ohl (#77) dirigeait une société de fournitures de bureau. D’autres évoquent des talents cachés : Jack Marin (#26) était un golfeur excellent (handicap dans les 70), Dave DeBusschere (#85) avait pitché pour les Chicago White Sox avant de se consacrer au basket.


Les maillots à l’envers : la guerre des étoiles logos

Un détail qui fait sourire aujourd’hui est que sur de nombreuses photos, les joueurs portent leurs maillots à l’envers. Pas de faute de goût vestimentaire, mais une astuce juridique. Topps n’avait pas de licence avec la NBA elle-même, seulement avec l’association des joueurs. Les logos d’équipes, protégés par trademark, étaient interdits. Solution ? Photographier les athlètes avec le devant du maillot dans le dos, masquant ainsi les emblèmes distinctifs tout en laissant apparaître le nom de la ville (considéré comme générique).

Résultat ? On a droits à des poses surréalistes où Jerry West, Wilt Chamberlain ou Oscar Robertson semblent s’être habillés dans le noir. Certains dissimulent le devant avec un ballon. D’autres portent des survêtements. Les Knicks, qui avaient pourtant « New York » sur leurs maillots (donc légaux), les portaient quand même à l’envers par pure paranoïa juridique.


La checklist #99 : la Maulédiction du coin inférieur droit

Le set 1969-70 présente une particularité technique fascinante. Les 99 cartes étaient imprimées sur une seule feuille (9 rangées de 11 cartes). La carte checklist (#99) occupait le coin inférieur droit de cette feuille.

Conséquence dramatique : cette position la rendait particulièrement vulnérable aux dommages lors du processus d’impression et d’emballage. Coincée dans le fond des piles, soumise aux élastiques des collectionneurs qui rangeaient leurs cartes par ordre numérique, marquée de croix pour suivre les acquisitions, etc. La #99 est aujourd’hui l’une des cartes les plus difficiles à trouver en bon état.

cartes tops basketball 1969 1970

Steve Jones, collectionneur vétéran qui a passé 14 ans à assembler un set complet en PSA MINT 9 (OC), raconte : « La carte checklist (#99) a été l’une des plus chères que j’ai achetées, juste sous les 500 dollars ». Pour un simple morceau de carton listant des noms.


Le Saint-Graal : Lew Alcindor #25

Au centre de ce set, comme un monolithe dressé vers le ciel, trône la rookie card de Lew Alcindor, le futur Kareem Abdul-Jabbar. Numéro 25. La carte qui justifie à elle seule l’existence de tout le set.

Le contexte historique est vertigineux. Milwaukee et Phoenix avaient connu des saisons inaugurales désastreuses en 1968-69. Un pile ou face allait déterminer qui obtiendrait le premier choix de la draft 1969. Milwaukee gagna le toss et toucha le jackpot : le phénomène d’UCLA, trois fois Most Outstanding Player du NCAA Tournament.

Sa saison rookie ? 28,8 points de moyenne (2ème de la NBA), 14,5 rebonds (3ème), 52% de réussite. Rookie of the Year, première sélection parmi 19 All-Star Games consécutifs. Il mena les Bucks de 27 à 56 victoires, doublant leur total de l’année précédente. En playoffs, il affolait les compteurs : 35,2 points et 16,8 rebonds de moyenne.

Les chiffres du marché sont aussi vertigineux. En PSA 8 (NM-MT), la carte #25 se négocie autour de 20 000 dollars. En PSA 7 (NM), comptez 3 000 à 5 000 dollars. Une PSA 8,5 a atteint 84 000 dollars en juillet 2020. Et si vous cherchez la perfection absolue ? Une PSA 10 (GEM MT) (s’il en existe, ce qui n’est a priori pas le cas jusqu’ici) serait littéralement inestimable.

Même une carte gradée PSA 1 (Poor) vaut plusieurs centaines de dollars, parce que les collectionneurs achètent cette carte par « pur amour du joueur ».


L’ascencion des rookies : une draft de légende

Le set 1969-70 est composé en majorité de cartes rookie (62 sur 99). C’est une avalanche de rookies Hall of Fame. Voici les noms qui ont fait leur première apparition sur carton Topps cette année-là :

CarteJoueurLégende
#20John Havlicek« Hondo », 8 titres avec Boston, Finals MVP 1974
#43Bill BradleySénateur, Rhodes Scholar, 2 titres avec les Knicks
#55Dave BingHall of Famer, futur maire de Détroit
#56Wes UnseldMVP et Rookie of the Year 1969, seul avec Chamberlain
#60Willis ReedL’homme du Game 7 légendaire, 2 titres aux Knicks
#80Earl Monroe« The Pearl », moitié du « Rolls Royce Backcourt »
#82Don Nelson5 titres comme joueur, coach légendaire (1 335 victoires)
#98Walt Frazierstyle iconique, 7x All-Defensive

Et ce ne sont que les plus célèbres. On trouve aussi d’autres futurs grands noms comme Nate Thurmond (#10), Lucius Allen (#6), Tom Boerwinkle (#7), Gail Goodrich (#2), Dick Van Arsdale (#31), Paul Silas (#61), Elvin Hayes (#75), Bob Love (#78), Tom Van Arsdale (#79), Rick Adelman (#23), Lenny Wilkens (#44), Dave DeBusschere (#85) …

Du Hall of Famers partout. Selon les estimations, environ 25 des 99 cartes représentent des joueurs intronisés au Hall of Fame. Un ratio hallucinant.


Les vétérans établis : Chamberlain, West, Robertson

Au-delà des rookies, le set 1969-70 Topps Basketball célèbre les géants déjà consacrés :

  • Wilt Chamberlain #1 : La carte #1, donc particulièrement exposée aux dommages (élastiques, piles). « The Big Dipper » venait de rater 70 matchs sur blessure au genou, mais revenait pour les playoffs. En PSA 8 : environ 5 500 dollars.
  • Jerry West #90 : « The Logo » en pleine saison où il remportait le titre de meilleur marqueur (31,2 ppg) par nécessité (Chamberlain blessé). Une carte qui capture West au sommet de son art offensif.
  • Oscar Robertson #50 : « The Big O » chez les Royals de Cincinnati, avant l’échange houleux vers Milwaukee qui allait lui offrir son premier titre.
  • Elgin Baylor #35 : l’ailier élégant des Lakers, déjà diminué par les genoux mais toujours spectaculaire.
  • Hal Greer #84 : le shooteur mécanique des 76ers, complice de Chamberlain lors du titre 1967.

Les Topps Rulers : les inserts pliés qui mesuraient les géants

Dans chaque paquet de 10 cartes (vendues 10 cents), Topps glissait une surprise unique : un « Ruler », une règle graduée.

Ces inserts mesuraient 2-1/2 pouces de large sur 9-7/8 pouces de haut dépliées (environ 6 x 25 cm). Imprimées sur papier fin, elles étaient pliées en trois pour rentrer dans les paquets. Chaque « Ruler » présentait une caricature colorée du joueur, son nom et son équipe dans un ovale, et surtout (l’originalité du concept) une échelle de mesure indiquant sa taille réelle.

Topps Rulers

Le set complet compte 23 cartes (numérotées 1-24, mais le #5 n’a jamais été émis). Ce numéro 5 devait être Bill Russell, mais le pivot des Celtics prit sa retraite et Topps annula la carte au dernier moment.

Les 23 Rulers incluent des joueurs comme Walt Bellamy, Jerry West, Elvin Hayes, Gail Goodrich, John Havlicek, Lew Alcindor, Wilt Chamberlain, Nate Thurmond, Hal Greer, Willis Reed ou Oscar Robertson.

    L’état de conservation est critique. Imprimées sur papier mince, ces Rulers sont de plus en plus fragiles avec chaque année qui passe. Les plis d’origine sont considérés « comme émis » (as issued), mais les déchirures et les usures aux plis sont monnaie courante. Aujourd’hui, ces inserts sont quelque peu négligés, mais les collectionneurs avertis savent que leur rareté relative et leur design unique en font des pièces de collection sous-estimées.


    La distribution : des paquets de légende

    Les paquets 1969-70 Topps Basketball étaient vendus 10 cents pièce, contenant 10 cartes plus un Ruler. Des boîtes de 24 paquets (« wax boxes ») étaient distribuées dans les drugstores, stations-service et épiceries américaines.

    La rareté des boîtes scellées est légendaire. En 2022, Heritage Auctions a vendu la seule boîte apparue sur le marché depuis des années. Une « boîte licorne » (unicorn box) considérée comme un pan d’histoire. Imaginez : 24 paquets intacts, l’odeur du chewing-gum d’époque (plutôt l’odeur du séché au bout de 50 ans), la possibilité de découvrir un Alcindor rookie en parfait état …

    Des paquets individuels scellés atteignent des prix astronomiques. Un paquet avec un Lew Alcindor visible à travers le wrapper peut se négocier autour de 22 000 dollars. Un autre, sans carte visible mais authentifié GAI (Global Authentication Inc.), a atteint 2 400 dollars aux enchères.


    Les problèmes de centrage : le cauchemar des collectionneurs

    Si le design ovale est magnifique, il cache un piège sournois. Si vous regardez des cartes de sets comme le 1952 Topps Baseball, quand elles sont off-center (OC), ça saute aux yeux. Mais pour le 1969 Topps, la différence entre une carte centrée et une OC est beaucoup plus nuancée.

    L’ovale est le coupable. Sur une carte centrée, l’ovale est très proche des bordures. Sur une carte décentrée, il faut vraiment scruter pour voir la différence. Les problèmes de centrage touchent aussi bien l’axe horizontal que vertical, mais l’horizontal est le plus fréquent.

    Tu le voit le décentrage ?

    Conséquence : même les cartes en apparemment bon état peuvent recevoir des qualifications OC qui déciment leur valeur marchande. La plupart de ses cartes en PSA 9 (OC) se trouvaient dans la fourchette des 25-35 dollars, alors qu’un PSA 9 standard bien centrée coûte 10 à 20 fois plus cher.

    Les cartes les plus difficiles à trouver bien centrées ? Jim Barnett (#51), Adrian Smith (#97) et John McGlocklin (#14).


    La saison 1969-70 : contexte Sithorique (historique)

    Pour comprendre ce set, il faut replonger dans la saison NBA 1969-70. C’était la 24ème saison de l’histoire de la ligue, marquée par la retraite de Bill Russell et la fin de la dynastie Celtics.

    Les Knicks de New York dominaient alors la ligue avec 60 victoires, portés par Willis Reed, Walt Frazier, Dave DeBusschere et Bill Bradley. Les Bucks de Milwaukee, seulement dans leur deuxième année d’existence, bondissaient à 56 victoires grâce à Alcindor. Les Bullets de Baltimore atteignaient les 50 wins avec Earl Monroe et Wes Unseld.

    Mais l’histoire retient surtout les Finales 1970. Game 7 au Madison Square Garden. Willis Reed, blessé à un muscle de la jambe depuis le Game 5, émerge du tunnel sous les acclamations. Il ne jouera que quelques minutes, marquera deux paniers, mais sa simple presence galvanisera les Knicks qui écraseront les Lakers 113-99 . « Il n’y a pas un jour de ma vie où les gens ne me rappellent pas ce match », dira Reed des années plus tard.

    C’est cette époque, cette énergie, ces héros que les cartes 1969-70 Topps Basketball ont figées pour l’éternité.


    L’héritage : pourquoi ce set reste incontournable

    Cinquante-cinq ans plus tard, le set 1969-70 Topps Basketball demeure l’un des piliers de la collectionite vintage. Pourquoi ?

    Premièrement, c’est le retour de Topps sur le marché du basketball après une absence de douze ans. Une réapparition qui a coïncidé avec l’explosion médiatique de la NBA.

    Deuxièmement, le format Tall Boy est unique. Aucun autre set de basketball n’a utilisé ces dimensions avant ou depuis (sauf le 1970-71 Topps, sa suite directe). Les cartes ont une présence physique, une majesté que les formats standard ne peuvent égaler.

    Troisièmement, la concentration de talents Hall of Fame est sans équivalent. 25% des cartes représentent des immortels du basketball.

    Quatrièmement, la rookie card de Lew Alcindor est une valeur refuge. Avec 6 titres NBA, 6 MVP, 2e marqueur de points en carrière (38 387), et le skyhook le plus célèbre de l’histoire, Kareem est un pilier du sport américain. Sa rookie card est un actif patrimonial.

    Cinquièmement, les Rulers inserts sont des objets de collection à part entière, avec leur design cartoon et leur concept original de mesure.


    Une époque où le carton racontait des histoires

    Les cartes 1969-70 Topps Basketball ne sont pas de simples morceaux de carton. Ce sont des portes ouvertes sur une époque où la NBA cherchait encore sa place dans le paysage sportif américain, où les playoffs n’étaient pas encore diffusés en prime time, où les joueurs portaient des Chuck Taylor et fumaient des cigarettes dans les vestiaires (quand ils ne s’enfilaient pas de la drogue).

    Quand vous tenez une #25 Lew Alcindor entre vos doigts, vous ne tenez pas une carte. Vous tenez le début d’une légende, une pièce de musée. Quand vous admirez le design ovale d’une #98 Walt Frazier, vous voyez le style « Clyde » avant qu’il ne devienne iconique. Quand vous pliez délicatement un Ruler #10 Alcindor, vous prenez des risques mesurez la taille d’un géant qui allait dominer la ligue pendant deux décennies.

    Et si un jour, en farfouillant dans le grenier de votre oncle américain, vous tombez sur une boîte de paquets 1969-70 Topps scellée … ne l’ouvrez pas. Appelez un expert. Ce que vous avez entre les mains n’est pas du chewing-gum et du carton. C’est de l’histoire compressée, prête à exploser.

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    Par Arkan

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