1970-71 Topps Basketball : Topps lançait les cartes de basket moderne en format XXL

Mise à jour : 3 avril 2026 - 11 minutes de lecture
1970 1971 Topps Basketball

Il était une fois, dans les recoins poussiéreux des drugstores américains, des paquets de chewing-gum qui renfermaient bien plus qu’une simple friandise rose et cassante. À l’automne 1970, alors que la NBA entrait dans une ère nouvelle avec l’arrivée de trois franchises expansion et le sacre historique des Milwaukee Bucks, Topps décidait de pousser encore plus loin le concept des « Tall Boys ». Résultat ? Une série 1970-71 Topps Basketball de 175 cartes qui, cinquante ans plus tard, fait rêver les collectionneurs les plus exigeants.


Le format qui dérangeait les classeurs

On commence par l’évidence : ces cartes sont énormes. 2-1/2 pouces sur 4-11/16 pouces (soit environ 6,35 x 11,9 cm). Un format imposant qui les rend immédiatement reconnaissables et, surtout, horriblement difficiles à conserver. À l’époque, personne n’avait pensé aux protège-cartes en plastique rigide. Les gamins de l’époque glissaient ces mastodontes cartonnés dans leurs poches arrière, les échangeaient avec des doigts poisseux de sucre, ou les coinçaient maladroitement entre les pages d’un classeur standard.

Le résultat ? Aujourd’hui, trouver une carte 1970-71 en parfait état relève du miracle. Les défauts d’impression (« print dots »), les découpes bancales (« miscuts ») et les problèmes de centrage sont la norme. D’Orsay Bryant, dont le set complet a été sacré « Meilleur Set Vintage de Basketball de l’Année » par PSA en 2006, ne mâche pas ses mots : « Le centrage est un problème. Il y a beaucoup de cartes OC (off-center) là-dehors ».

1970-71 Topps basketball cartes

Mais ce format imposant avait un avantage majeur car il offrait une toile magnifique pour les photos. Les portraits en gros plan, les poses soignées, l’espace généreux pour les informations … Topps venait de révolutionner ce qu’une carte de basketball pouvait être.


La saison qui a changé la donne

Pour comprendre cette série, il faut replonger dans la saison 1970-71. C’était la 25ème saison NBA, marquée par une expansion importante. 3 nouvelles équipes faisaient leur entrée : les Cleveland Cavaliers, les Buffalo Braves et les Portland Trail Blazers. La ligue passait donc de 14 à 17 franchises, réorganisant totalement sa géographie avec la création des Conférences Est et Ouest divisées en divisions Atlantic, Central, Midwest et Pacific.

Mais le vrai bouleversement venait de Milwaukee. Après seulement 3 années d’existence, les Bucks dominaient la ligue avec un record de 66-16, établissant une série de 20 victoires consécutives qui restera dans les annales. Le duo Alcindor-Robertson (le jeune géant de 2m18 et le meneur légendaire récupéré de Cincinnati) balayait tout sur son passage. Kareem Abdul-Jabbar (encore Lew Alcindor sur nos cartes) remportait son premier MVP et les Finals MVP, tandis que les Bucks écrasaient les Bullets de Baltimore 4-0 en finale.

Côté cartes, cette saison pose un problème juridique fascinant. Topps n’avait pas de licence avec la NBA elle-même, seulement avec l’association des joueurs. Conséquence ? Les logos d’équipes, considérés comme propriété intellectuelle, étaient strictement interdits. La solution de Topps ? Photographier les joueurs avec leurs maillots … à l’envers. Vous avez bien lu. Pour éviter d’afficher les noms d’équipes « distinctifs » (protégés par trademark) tout en montrant les noms de villes (considérés comme génériques), les photographes demandaient aux athlètes d’enfiler leurs maillots dans le sens inverse.

Résultat : des photos surréalistes où John Havlicek, Walt Frazier ou Oscar Robertson posent avec un col montant bizarre et leurs numéros dans le dos, comme s’ils s’étaient habillés dans le noir. Certains tentent de dissimuler le devant avec un ballon. D’autres portent des vestes d’échauffement. Les Knicks, qui avaient pourtant « New York » sur leurs maillots (donc légal), les portaient quand même à l’envers, par pure paranoïa juridique.

carte Pete Maravich

Le Saint-Graal : Pete Maravich #123

« L’ensemble commence et se termine avec Pistol Pete Maravich »

La carte #123 n’est pas simplement la rookie card de Pete Maravich. C’est LA carte de basketball des années 70, point final. La seule rookie card reconnue de l’un des plus grands showmen de l’histoire du sport, celui qui a marqué 44,2 points de moyenne à LSU (record NCAA toujours inégalé, et sans ligne à trois points, s’il vous plaît).

Sur la photo, Maravich serre un ballon contre lui, masquant habilement son maillot universitaire des Tigers. Il a été drafté en 3ème position par Atlanta, signant un contrat de 1,9 million de dollars qui a fait grincer des dents dans un vestiaire déjà tendu. Sa saison rookie ? 23,2 points, 4,4 passes, sélection dans la All-Rookie Team. Le début d’une carrière écourtée par les blessures, mais suffisamment spectaculaire pour entrer au Hall of Fame et rester gravé dans la mémoire collective.

Les chiffres de collection font tourner la tête. Sur 875 exemplaires évalués par PSA, un seul a obtenu la note parfaite de GEM MT 10. Ce specimen unique a atteint 552 000 dollars lors d’une vente en juillet 2023. En PSA 9 (Mint), on compte seulement 49 exemplaires, vendus autour de 15 000 à 18 000 dollars.

Mais attention : même une carte gradée PSA 1 (Poor) peut valoir plusieurs centaines de dollars, parce que les collectionneurs achètent cette carte par « pur amour du joueur et de la carte ».


Les short prints : la torture des collectionneurs complétistes

Si le set 1970-71 est magnifique, il est aussi sadique. 22 cartes short-printed dans la première série (cartes #1-110) représentent l’obstacle ultime pour quiconque tente de compléter ce set.

Voici les noms qui font trembler les collectionneurs :

  • Lucius Allen (#31) : le plus rare de tous. Seulement 52 exemplaires gradés par PSA, avec un seul PSA 9 et 15 PSA 8
  • Free Throw Percentage Leaders (#4) : Flynn Robinson, Chet Walker et Jeff Mullins. Steve Jones, propriétaire du 3ème meilleur set PSA, l’appelle « impossible ». Aucun exemplaire n’a dépassé PSA 8
  • John Havlicek (#10) : le short print le plus prestigieux, avec 7 PSA 9 et 32 PSA 8 sur 184 soumissions
  • Les rookies short-printés : Jerry Chambers (#62), Bobby Smith (#74) et Norm Van Lier (#97)

D’autres short prints incluent Lenny Wilkens (#80), Don Nelson (#86), Neal Walk (#87), Cazzie Russell (#95), Dave Stallworth (#78), Joe Caldwell (#37), Toby Kimball (#32), Luke Jackson (#33), Leroy Ellis (#35), Jack Marin (#36), Dick Cunningham (#49), Bill Hosket (#104) et Billy Cunningham All-Star (#108).

La rareté de ces cartes s’explique par la structure de production. Deux séries distinctes, avec la première (#1-110) contenant ces 22 cartes produites en quantités limitées.


Les rookies de légende (et le futur Pat Riley)

Au-delà de Maravich, le set 1970-71 regorge de cartes rookie qui ont marqué l’histoire :

CarteJoueurSignification
#13Pat RileyAvant de devenir l’entraîneur légendaire (5 titres NBA), c’était un ailier athlétique des Lakers
#47Don ChaneyChampion avec Boston, futur entraîneur
#63Bob DandridgeComplice d’Alcindor à Milwaukee, 4x All-Star
#124Matt GuokasFils d’un joueur NBA, futur entraîneur
#129Fred Carter« Mad Dog », joueur puis commentateur
#137Calvin MurphyHall of Famer, 5’9″ de pur talent offensif
#143Jo Jo White2x champion avec Boston, Finals MVP 1976
#148Jerry SloanFutur entraîneur légendaire du Jazz, « The Original Bull »
#167Rod ThornFutur GM des Nets, architecte des finales 2002-03

Calvin Murphy, à 5’9″ (1,75m), est le plus petit joueur intronisé au Hall of Fame. Sa rookie card montre un joueur de Niagara University dont le maillot a été partiellement retouché à l’airbrush. En PSA 9, elle vaut environ 700 dollars.


Les stars établies : Alcindor, Chamberlain, West, Robertson

Ce set 1970-71 Topps Basketball est aussi un panorama des immortels déjà consacrés :

  • Lew Alcindor #75 : la deuxième année du futur Kareem Abdul-Jabbar. Il adopte officiellement son nom musulman le lendemain du titre des Bucks. Sa carte #75 en PSA 9 vaut environ 5 000 dollars.
  • Wilt Chamberlain #50 : De retour après une saison 1969-70 ravagée par une blessure au genou. Il mène la ligue aux rebonds (18,2 par match) mais doit affronter le jeune Alcindor en finale de conférence. PSA 9 estimée à 4 000 dollars.
  • Jerry West #160 : « The Logo » en pleine saison avant la blessure au genou droit qui l’envoie à l’infirmerie en mars 1971 contre Buffalo. L’image emblématique de la NBA.
  • Oscar Robertson #100 : sa première année à Milwaukee après l’échange houleux de Cincinnati. Enfin champion, « The Big O » complète sa collection de titres.

Walt Frazier, Willis Reed, Earl « The Pearl » Monroe, Elgin Baylor, Nate Thurmond, Billy Cunningham, Dave Bing … les Hall of Famers sont légion dans ce set.


Les sous-ensembles : innovation Topps

Pour la première fois dans l’histoire des cartes de basketball, Topps introduit des sous-ensembles structurés :

Cartes #1-6 : les leaders de la saison 1969-70

  • #1 Scoring Leaders (Alcindor/West/Hayes)
  • #2 Scoring Average Leaders (West/Alcindor/Hayes)
  • #3 Field Goal % Leaders (Green/Imhoff/Hudson)
  • #4 Free Throw % Leaders (Robinson/Walker/Mullins) – le short print maudit
  • #5 Rebounds Leaders (Hayes/Unseld/Alcindor)
  • #6 Assists Leaders (Wilkens/Frazier/Haskins)

Cartes #106-115 : les All-Stars
Walt Frazier, Jerry West, Billy Cunningham (SP), Connie Hawkins, Willis Reed, Nate Thurmond, John Havlicek, Elgin Baylor, Oscar Robertson et Lou Hudson.

Cards #168-175 : l’album photo du Championnat 1969-70
Un récit visuel des Finales Lakers-Knicks, se terminant par la célèbre victoire new-yorkaise et la photo de l’équipe célébrant sur la carte #175. Willis Reed, Jerry West, Wilt Chamberlain, Dave DeBusschere, Bill Bradley et Walt Frazier apparaissent sur ces cartes « Championship Photo Album ».


La checklist #101 : deux variantes pour une seule carte

La carte checklist de la deuxième série (#101) existe en deux variations :

  • Version noire : « 1970-71 » imprimé en noir dans la bannière NBA All-Stars
  • Version blanche : « 1970-71 » imprimé en blanc avec étoiles jaunes

Seulement 10 exemplaires de la version blanche ont été gradés par PSA à ce jour, bien qu’elle ne propose pas encore de prime significative.

Les posters 8×10 : le bonus caché

Dans chaque paquet de la deuxième série, Topps glissait une surprise supplémentaire : un poster 8″ x 10″ (20 cm x 25 cm) en couleur, imprimé sur papier fin, dos noir. 24 joueurs au total, incluant Lew Alcindor (#13), Wilt Chamberlain (#17) et John Havlicek (#18).

Ces inserts, souvent égarés ou endommagés par le temps, sont aujourd’hui des pièces de collection à part entière. Un « near set » peut atteindre des prix conséquents aux enchères.


1970-71 Topps Basketball : 10 cents, 10 cartes, du chewing-gum

Les paquets coûtaient 10 cents et contenaient 10 cartes plus un morceau de chewing-gum et le poster (dans la deuxième série). Les boîtes de 24 paquets (« wax boxes ») sont devenues des reliques historiques du hobby. Une boîte scellée de 1970-71 aux enchères est considérée comme une tranche de l’histoire de la collection de cartes basket.

Imaginez l’enfant de 1970 déchirant ce papier ciré, l’odeur sucrée du gum, l’excitation de découvrir si le dieu du hasard lui offrirait un Pete Maravich ou un Lucius Allen impossible à trouver…


L’évolution vers 1972 : la fin des maillots à l’envers

Le set 1970-71 Topps Basketball marque la fin d’une ère bizarre. En 1972, Topps obtient enfin une licence avec la NBA Properties, permettant d’afficher les logos et noms d’équipes. Les photos d’action commencent à apparaître dans le set Topps 1971-72. Les « bathroom photos » (prises devant des murs de blocs peint dans les vestiaires) cèdent la place à des images de meilleure qualité.

Mais les puristes savent que quelque chose est perdu dans cette modernisation. Les Tall Boys 1970-71 conservent cette authenticité brute, ce charme amateur d’une époque où la NBA luttait pour sa survie médiatique et où Topps inventait le monde de la collection de cartes basket par essais et erreurs.


Le verdict : pourquoi ce set resiste au temps

D’Orsay Bryant résume parfaitement : « Il semble que Topps ait fait un saut quantique dans le sens de ce qu’une carte pouvait être avec cette série. Ils nous ont donné plus de statistiques. Ils nous ont donné les résumés des playoffs. Ils ont inclus les cartes de leaders. »

Le set 1970-71 Topps Basketball est à la fois un musée photographique de la NBA en expansion et le set le plus complet de l’ère pré-modernité jusque là. Ou un investissement patrimonial avec Maravich comme valeur refuge.

Alors que le marché des cartes modernes subit ses bulles spéculatives, les Tall Boys de 1970-71 restent ancrés dans quelque chose de tangible. L’histoire d’une ligue en mutation, figée dans un format qui ne passera jamais inaperçu dans une collection.

Et si vous trouvez un jour une carte #123 Pete Maravich dans le grenier de votre grand-père, même toute cornée et décolorée … gardez-la. Ce n’est pas du carton. C’est de l’Histoire.

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Par Arkan

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