L’année où tout est devenu plus grand — sauf le nombre de cartes.
Pour comprendre le set 1976-77 Topps Basketball, il faut d’abord se replonger dans l’atmosphère de cette année bicentenaire où l’Amérique célébrait ses 200 ans avec une extravagance caractéristique. C’était une année électorale, une année olympique à Montréal où le monde découvrait Bruce Jenner, Sugar Ray Leonard et Nadia Comăneci. Et c’était surtout l’année où le basketball professionnel américain changeait de dimension, littéralement et figurativement.
L’été 1976 marquait la fin officielle de la guerre des ligues. L’American Basketball Association (ABA), après neuf ans d’existence tumultueuse, rendait l’âme. Quatre de ses franchises (New York Nets, Indiana Pacers, San Antonio Spurs, Denver Nuggets) achetaient leur entrée dans la NBA, tandis que les joueurs des autres clubs étaient dispersés via une draft spéciale. La NBA insistait pour qu’on n’appelle pas ça une « fusion ». Ce terme implique une égalité entre les ligues. Mais non, c’était une absorption pure et simple, une victoire éclatante de l’establishment sur les rebelles.
Dans ce contexte de changement monumental, Topps prit une décision surprenante : réduire drastiquement la taille de son set tout en augmentant considérablement la taille physique des cartes. Passant de 330 cartes pour le set Topps Basketball 1975-76 à seulement 144 cartes en 1976-77, mais avec des dimensions jamais vues auparavant.

Les « Super-Size Cards » : un format gargantuesque
Les cartes 1976-77 Topps Basketball mesurent 5 1/4 pouces sur 3 1/8 pouces (environ 13,3 cm x 7,9 cm). Soit presque le double d’une carte standard et même plus grandes que les célèbres « Tall Boys » de 1969-70 et 1970-71. C’est la taille d’une carte postale conventionnelle et c’est précisément ainsi que les collectionneurs les décrivent aujourd’hui.
Topps annonçait fièrement cette particularité sur les emballages avec l’inscription « Super-Size Cards » accompagnée d’un basketteur générique. Les packs contenaient toujours 10 cartes pour 15 cents, avec 24 packs par boîte. À ce tarif, un collectionneur pouvait acquérir 150 cartes pour 2,25 dollars, ou 200 cartes pour 3 dollars. Avec un peu d’habileté dans les échanges, il pouvait compléter l’intégralité du set pour quelques dollars seulement. De quoi faire rêver aujourd’hui.
Au dos des emballages, Topps proposait même des primes contre l’envoi d’un wrapper et d’un paiement minimal. Curieusement, l’une de ces offres concernait une corbeille à papier affichant le logo de la National Hockey League pas de la NBA. Un détail amusant qui témoigne de la culture corporate de l’époque.
Stock robuste et conservation
Contrairement aux cartes modernes souvent fragiles, les 1976-77 bénéficient d’un carton épais et résistant qui, combiné à leur taille imposante et à la facilité de les stocker dans des feuilles à quatre pochettes, les rend particulièrement résistantes à l’usure. C’est l’une des raisons pour lesquelles elles sont encore abondantes aujourd’hui, bien que les cartes parfaitement centrées restent recherchées.
Design : l’art déco rencontre le basketball
Face avant : élégance minimaliste
Le design frontal est immédiatement reconnaissable et particulièrement apprécié des collectionneurs d’autographes. Chaque carte présente :
- Le nom de l’équipe en haut de la marge gauche, dans une typographie art déco tridimensionnelle
- Le nom du joueur et sa position en bas, en lettres capitales
- Un graphique de panier en bas de la marge, avec une série de cercles créant l’illusion du mouvement du ballon entrant dans le panier
- Une photographie mesurant 4 3/4″ x 2 3/8″, offrant un mélange équilibré de poses et d’actions en gros plan
Les photos de pose proposent des murs peints de couleurs vives comme seul arrière-plan. Les photos d’action, présentent une particularité amusante : le photographe de Topps devait être basé à Washington, car presque toutes les photos d’action ont été prises lors des matchs des Bullets à domicile.
Cela conduit à une situation cocasse : le Hall of Famer Wes Unseld apparaît non seulement sur sa propre carte (#5), mais aussi sur celles de Campy Russell (#23), Austin Carr (#53), Phil Jackson (#77) et Bob McAdoo (#140). Les seules exceptions notables sont les cartes de Brian Winters (#46), Sam Lacey (#67) et Nate Archibald All-Star (#129), photographiées au Madison Square Garden contre les Knicks.

Verso : l’information à l’état pur
Avec tant d’espace disponible, Topps a pu offrir une richesse d’informations inédite, structurée en cinq sections distinctes :
- En-tête rose et noir : numéro de carte dans un ballon, nom, équipe, position, date et lieu de naissance, et mode d’acquisition par l’équipe
- Statistiques universitaires : une première pour Topps ! Pour la plupart des joueurs, les chiffres complets de carrière à l’université. Pour ceux venant de colleges obscurs ou junior colleges, seul le nom de l’école est mentionné (ex: Billy Paultz #19 : « Attended Cameron St. Junior College, Lawton, Okla. »)
- Commentaire : texte en rose dans une boîte noire, souvent hyperbolique (« Keith Erickson est un fin clutch player », « Jim Price a de la vitesse, est savvy et une expertise au ball handling »)
- Statistiques professionnelles : année par année, incluant les saisons ABA et NBA
- Règles du basketball : en bas, une explication d’un terme, signal ou technique du jeu, accompagnée d’un dessin humoristique
C’est difficile d’imaginer ce que Topps aurait pu ajouter de plus. Le verso est une mine d’informations, une véritable encyclopédie du joueur sur un simple morceau de carton.
Structure du set : 144 cartes, une seule série
Contrairement aux années précédentes avec leurs multiples séries et subsets complexes, 1976-77 se distingue par sa simplicité radicale :
- 144 cartes réparties sur deux feuilles d’impression de 72 cartes chacune
- Aucune short print, aucune double print : une distribution parfaitement égale
- Aucune variation ou erreur corrigée (sauf une erreur non reportée jusqu’ici)
Le subset All-Star (cartes 126 à 135)
Unique subset du set, les cartes All-Star présentent les sélections de la saison précédente. Contrairement aux cartes de base, elles arborent une bannière « All-Star » en haut et le nom de l’équipe est retiré de la marge gauche. Certaines stars ont à la fois une carte de base et une carte All-Star, d’autres non.
Les dix All-Stars représentés :
- Kareem Abdul-Jabbar (#126)
- Julius Erving (#127)
- George McGinnis (#128)
- Nate Archibald (#129)
- Pete Maravich (#130)
- Dave Cowens (#131)
- Rick Barry (#132)
- Elvin Hayes (#133)
- James Silas (#134)
- Randy Smith (#135)
La checklist (#48)
La carte checklist, essentielle pour les collectionneurs completistes, est répertoriée comme la carte #48. Elle est particulièrement difficile à trouver en excellent état, souvent marquée ou abîmée par les enfants de l’époque qui cochaient méthodiquement leurs acquisitions.
Les rookies : une classe de qualité
Malgré la réduction drastique du nombre de cartes, le set 1976-77 propose plusieurs rookies notables :
David Thompson (#110) – Le seul Hall of Famer
La carte la plus précieuse du set pour les collectionneurs. Thompson, surnommé « Skywalker » pour ses capacités athlétiques exceptionnelles (détente verticale de 48 pouces), est crédité de l’invention du alley-oop avec son coéquipier Monte Towe à NC State.
Sa rookie card montre un joueur déjà accompli : rookie de l’année ABA 1976, MVP du All-Star Game ABA, membre de la All-Time Team ABA après une seule saison. Quand la fusion survint, Thompson rejoint les Denver Nuggets en NBA et réalise une saison spectaculaire de 26 points par match, sélectionné dans la First Team All-NBA aux côtés de Kareem, Elvin Hayes, Pete Maravich et Paul Westphal. Un honneur rare pour un joueur de 22 ans.

Aujourd’hui, sa carte rookie atteint des sommets en parfait état : environ 120 dollars en PSA 8, jusqu’à plusieurs milliers de dollars en PSA 10.
Lloyd Free (#143) – Avant qu’il ne devienne World B. Free
Rookie card d’un personnage unique. À cette époque, il s’appelait encore Lloyd Bernard Free, mais ses amis de Brownsville l’avaient déjà surnommé « World » parce que « all-city ou all-county n’était pas assez bon pour lui ». Il ne changera officiellement son prénom en World B. Free qu’en décembre 1981, à 28 ans.
Sa carte rookie montre un scoreur flamboyant qui tourne à 16,3 points en 1976-77 avec les 76ers, son meilleur total lors de ses quatre saisons à Philadelphie.
Autres rookies notables
- Gus Williams (#69) : futur champion avec les SuperSonics
- Alvan Adams (#75) : rookie de l’année 1976 avec les Suns
- Junior Bridgeman (#11)
- Mickey Johnson (#14)
- John Shumate (#61)
- Eric Money (#58)
- Lionel Hollins (#119)
- Dave Meyers (#122)
Les stars : un panthéon de légendes
Le set 1976-77 contient l’un des pourcentages les plus élevés de futurs Hall of Famers de tous les sets Topps des années 1970. Parmi eux :
Julius Erving (#1) – Visage de la transition
Carte #1, position d’honneur. Dr. J est photographié avec les New York Nets, mais c’est une image figée dans le temps. Deux jours avant le premier match NBA de l’histoire des Nets, Erving fut vendu aux Philadelphia 76ers pour 3 millions de dollars. L’argent nécessaire pour permettre aux Nets d’honorer les frais d’entrée dans la NBA.
Cette carte capture donc Erving dans un limbo historique : en uniforme Nets, mais n’ayant jamais joué un match NBA sous ces couleurs. Il deviendra MVP du All-Star Game 1977 lors de sa première saison à Philly, marquant 30 points et 12 rebonds.
Kareem Abdul-Jabbar (#100) – Le pivot suprême
Après avoir changé de nom en 1971 (de Lew Alcindor), Kareem est au sommet de son art. La carte #100 le montre avec les Lakers, détenant déjà un palmarès impressionnant : Rookie de l’année, deux titres de meilleur marqueur, quatre MVP.
Pete Maravich (#60) – Le Pistol
La carte de « Pistol » Pete avec les New Orleans Jazz est l’une des plus recherchées du set. Maravich, magicien du ballon, tourne à 31,1 points cette saison-là, son deuxième meilleur total en carrière.

Autres Hall of Famers
- Rick Barry (#50) : Champion avec les Warriors en 1975
- Elvin Hayes (#120) : « The Big E »
- Nate Archibald (#20) : « Tiny », seul joueur à avoir mené la ligue en points ET passes la même saison
- Walt Frazier (#64) : « Clyde », style iconique
- John Havlicek (#90) : Légende des Celtics
- Artis Gilmore (#25) : « The A-Train »
- George Gervin (#68) : « The Iceman »
- Moses Malone (#101) : déjà présent dans le set précédent, mais carte importante
- Bill Walton (#57) : MVP en 1978, champion 1977 avec Portland
L’erreur cachée : le mystère des statistiques identiques
Les experts affirment unanimement qu’il n’existe pas d’erreurs dans ce set. Pourtant, une investigation attentive révèle une curiosité :
Jimmy Walker (#92) et Mike Riordan (#56) étaient coéquipiers à Providence de 1964 à 1967. Incroyablement, leurs cartes Topps présentent des statistiques universitaires totalement identiques, jusqu’au dernier rebond.
Une recherche rapide révèle que c’est la carte de Mike Riordan qui est erronée, Topps a simplement dupliqué les chiffres de Jimmy Walker pour Riordan. Une erreur jamais signalée dans les guides de prix officiels, qui attend toujours d’être reconnue par la communauté des collectionneurs.
1976-77 Topps Basketball : valeur et collecte aujourd’hui
Le set 1976-77 Topps Basketball est étonnamment abordable comparé à d’autres productions vintage :
- Cartes communes : environ 2 dollars en excellent état
- Stars et superstars : 10 à 20 dollars
- Set complet : environ 1 000 dollars en near mint, la moitié en VG/EX
Les problèmes de centrage, particulièrement du haut vers le bas, sont fréquents, mais les cartes bien centrées sont assez communes pour qu’on puisse se permettre d’être exigeant.
Prix des cartes clés (PSA 8/10)
| Carte | Joueur | PSA 8 | PSA 10 |
|---|---|---|---|
| #1 | Julius Erving | 1 063$ | 4 173$ |
| #60 | Pete Maravich | 277$ | 8 006$ |
| #100 | Kareem Abdul-Jabbar | 822$ | 3 843$ |
| #110 | David Thompson (RC) | 889$ | 6 063$ |
| #57 | Bill Walton | 148$ | 1 334$ |
| #127 | Julius Erving All-Star | 300$ | 1 889$ |
| #126 | Kareem Abdul-Jabbar All-Star | 338$ | 1 877$ |
| #130 | Pete Maravich All-Star | 240$ | 1 587$ |
Un set unique dans l’histoire de Topps
Les années suivantes, Topps retournera à des formats de cartes plus conventionnels, faisant du set 1976-77 un cas unique dans l’histoire des cartes de basketball. Jamais plus Topps ne produirait de cartes aussi grandes.
Ce set capture un moment de transition fascinant : la première saison NBA après la fusion, où les quatre équipes ABA survivantes (Nets, Pacers, Spurs, Nuggets) tentaient de s’intégrer à l’establishment. C’est aussi la saison où Bill Walton et les Portland Trail Blazers réalisaient l’une des remontées les plus spectaculaires de l’histoire, passant de 32 victoires la saison précédente à un titre NBA en dominant même Kareem et les Lakers 4-0 en finales de conférence.
Pour le collectionneur moderne, assembler ce set, c’est posséder un morceau d’histoire où le basketball est passé d’une ère rebelle et colorée (la ABA avec son ballon tricolore) à une ère de consolidation et de professionnalisation accrue. Les cartes postales de 1976-77 sont les derniers témoins grandeur nature d’une époque où le basketball se réinventait.
Presque 50 ans plus tard, tenir une carte David Thompson ou Julius Erving de ce set, c’est tenir un morceau de carton qui a vu le basketball changer de dimension, tout comme les cartes elles-mêmes.
Et toi, collectionneur, prêt à accorder une place à ces géants dans ton album ? Car oui, ils prendront de la place, mais quelle place !



