Across the Obelisk : un monstre de cartes

Mise à jour : 9 mars 2026 - 6 minutes de lecture
Across the Obelisk

Dreamsite Games n’a pas fait dans la demi-mesure en 2021 avec Across the Obelisk. Leur roguelike deck-building embarque quatre héros simultanés, 500 cartes, 300 objets, et une complexité qui fait presque passer Slay the Spire pour un jeu de cartes pour enfants. Bienvenue dans Senenthia, où la seule certitude est que vous allez mourir. Beaucoup.

La multiplication des corps

Le pitch est simple : au lieu d’incarner un seul personnage avec son deck, vous contrôlez une escouade de quatre héros. Chacun possède son propre deck, sa propre jauge de mana, sa propre initiative. Le guerrier Magnus tape fort et saigne ses ennemis. La voleuse Andrin empoisonne discrètement. La sorcière Evelyn contrôle les éléments. Le prêtre Reginald soigne et protège.

Cette quadrification change radicalement la donne. Où Slay the Spire vous demande d’optimiser un deck unique, Across the Obelisk exige de synchroniser quatre machines à cartes distinctes. La gestion du mana devient un puzzle à quatre variables. Doit-on économiser pour le gros sort de la mage, ou dépenser maintenant pour éliminer une menace immédiate avec le guerrier ?

Le système de combat est tour par tour, avec une initiative déterminant l’ordre d’action. Chaque héros pioche cinq cartes par tour et dispose d’environ trois points de mana qui se conservent entre les tours si non dépensés. Cette conservation crée des dynamiques de « banking » : hoarder ses ressources pour un tour explosif, ou grignoter constamment la santé adverse.

L’overdose de complexité

Le jeu ne se contente pas de multiplier les personnages. Il accumule les systèmes avec une frénésie presque masochiste :

  • 16 héros jouables répartis en quatre classes (guerrier, voleur, mage, soigneur)
  • Plus de 500 cartes avec des effets qui se combinent, se modifient, se transforment
  • 300 objets équipables modifiant les statistiques de base
  • Arbres de talents par personnage pour améliorer santé, défense, capacités spécifiques
  • Résistances élémentaires : tranchant, contondant, perforant, feu, froid, foudre, sacré, ombre, mental… des modificateurs allant de -21% à +60% selon les ennemis

Cette densité a un prix. Les combats s’allongent. La gestion des modificateurs devient une corvée de calculs mentaux. « Mon guerrier fait du dégât tranchant, mais l’ennemi a +30% de résistance tranchante, sauf si je l’enchante en feu, mais alors il faut vérifier sa résistance feu ». Ce n’est pas du strategizing gratifiant, c’est de la comptabilité ludique.

Et puis il y a l’aléatoire. Beaucoup d’ennemis possèdent des attaques « cible aléatoire ». Avec quatre personnages à protéger, impossible de prévoir qui encaissera. Doit-on faire bloquer tout le monde pour 5 points de dégâts, au cas où ? Ou accepter le risque qu’un seul personnage prenne les 20 dégâts et meure ? Pas simple Gérard.

Les trois visages de l’Obélisque

Le jeu propose trois modes distincts, chacun avec sa propre philosophie :

Mode Aventure : la campagne principale. Vous devez sauver la fille du roi du terrible Lord Hanshek. L’histoire se déroule sur une carte fixe avec des événements procéduraux. Vos choix importent : aider certains PNJ les débloque comme personnages jouables. C’est ici que se construit la « méta-progression » : entre les runs, vous améliorez votre ville, débloquez de nouveaux héros, de nouvelles cartes, de nouveaux équipements.

Mode Obelisk : le pur roguelike. Draft de decks aléatoires, quête entièrement procédurale, difficulté maximale. Pour les masochistes qui trouvent que la campagne est trop clémente.

Weekly Challenge : des défis hebdomadaires avec des decks et cartes prédéterminés. Test d’adaptation pure, sans possibilité de grind la méta-progression.

cartes Across the Obelisk

Le coop qui divise (ou multiplie)

Across the Obelisk supporte le coopératif en ligne de 2 à 4 joueurs. Chaque joueur contrôle un ou plusieurs héros. La coordination devient alors essentielle. Qui dépense son mana maintenant ? Qui conserve ses cartes pour le combo ultérieur ? Les décisions de groupe affectent la narration. Choisir d’aider ou de piller un village modifie la suite de l’aventure.

Mais cette promesse de coopération tactique se heurte à la réalité du rythme. Les combats déjà longs en solo deviennent interminables à quatre. Chaque joueur doit gérer son deck, ses calculs de modificateurs, ses plans à long terme. Le « hot seat » numérique n’a jamais été aussi froid.

Les produits : une montagne de DLC

Le modèle économique d’Across the Obelisk est celui du « jeu de base abordable, DLCs incessants ». Le jeu coûte environ 20 € sur Steam (Windows, Mac et Linux), Switch et autres plateformes (Xbox, PlayStation). Mais le contenu additionnel s’accumule :

DLCContenuPrix indicatif
The Wolf WarsNouvelle région, nouveaux ennemis, nouvelles cartes~10 €
The Sands of UlmininCampagne désertique, héros supplémentaires~20 €
The Obsidian LegacyNouvelle classe, mécaniques de corruption~5 €
Shores of SahtiParadis tropical, système de familiers~10 €

Chaque DLC ajoute non seulement du contenu, mais de la complexité. De nouveaux systèmes s’empilent sur les anciens, créant une tour de Babel mécanique qui intimide les nouveaux venus et fatigue les vétérans. Le « paradoxe des DLC » est ici flagrant : plus le jeu s’enrichit, plus il devient inaccessible.

Le verdict : plus n’est pas mieux

Across the Obelisk est un jeu ambitieux, profond, généreux en contenu. C’est aussi un exemple parfait de « feature creep », cette tendance à ajouter des fonctionnalités jusqu’à ce que le produit s’effondre sous son propre poids. La comparaison avec Slay the Spire est inévitable, et défavorable. Là où le classique de Mega Crit offre une élégance minimaliste où chaque décision compte, Dreamsite offre une profusion où beaucoup de décisions ne comptent que marginalement.

Pourtant, il y a un public pour cela. Les joueurs qui trouvent Slay the Spire « trop court » ou « trop facile » (et ils existent) trouveront ici leur eldorado. Les amateurs de theory-crafting, de builds complexes, de synergies à quatre niveaux d’imbrication. Les groupes d’amis qui veulent vraiment coordonner leur stratégie sur plusieurs heures.

Pour les autres, Across the Obelisk restera ce curieux objet : impressionnant par sa densité, épuisant par son exécution, et finalement moins mémorable que ses parties plus modestes.

Across the Obelisk est le produit d’une équipe qui a confondu quantité et qualité, complexité et profondeur. C’est un buffet à volonté où chaque plat est correct mais aucun n’est exceptionnel. Dreamsite Games a construit une machine à cartes fascinante, puis l’a alourdie de tant de rouages qu’elle peine à tourner. Pourtant, si vous cherchez un deck-building qui vous occupe pendant des centaines d’heures, qui vous fera jongler avec quatre personnages simultanés, qui vous punira pour chaque erreur de calcul, alors franchissez l’Obélisque. Mais apportez de la caféine. Beaucoup de caféine.

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Par Arkan

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