Magic 7e édition : le bordel artistique qui a sauvé les foils

Mise à jour : 11 janvier 2026 - 6 minutes de lecture
Magic 7e édition

Si tu as plus de trente piges et que t’as touché à Magic avant l’ère des Planeswalkers omniprésents, tu te souviens forcément de ce moment où t’as ouvert un booster de 7e édition et t’as cru qu’on t’avait refilé du fan art. Pas de Serra Angel classique, pas de Shivan Dragon façon Melissa Benson, et surtout… putain, mais c’est quoi ce Birds of Paradise ?! On aurait dit un perroquet de croisière qui s’était perdu en route pour Fort-de-France. Bienvenue dans la 7e édition, le set de base qui a osé tout changer — et que personne n’a vraiment compris sur le coup.

Sortie en avril 2001, cette édition était censée être une passerelle douce vers Magic : un core set avec 350 cartes blanches, des decks thématiques monocolores, un starter kit pédagogique, et même un CD-ROM pour apprendre à jouer (oui, on était encore à l’époque où “télécharger” voulait dire attendre 45 minutes pour un MP3 de 3 Mo). Mais derrière cette façade d’initiation se cachait un véritable laboratoire de marketing, de droit d’auteur… et de désespoir créatif. Car Wizards of the Coast ne se contentait pas de réimprimer des classiques : ils devaient le faire autrement, sous peine de violer leur propre politique de réimpression. Et c’est là que tout a dérapé — avec style.

booster magic 7e édition

Un core set brilliant

La 7e édition est le premier core set à inclure des cartes foil. Problème : à l’époque, WotC s’était engagé à ne jamais réimprimer une carte existante avec une bordure noire… sauf si c’était une première impression. Or, les foils, eux, doivent avoir une bordure noire — question de technique d’impression (le foil recouvre entièrement la carte, donc pas de blanc possible). Pour contourner ce paradoxe juridico-esthétique, la solution fut radicale : nouvelles illustrations pour les 350 cartes. Toutes. Même Counterspell. Même Giant Growth. Et même Coat of Arms, qui, ironie suprême, ne montre… aucun blason. Juste un tas de guerriers génériques en pleine mêlée, comme si l’illustrateur avait lu le nom de travers et pensé à « Coat of Arms » comme à une armure décorée. Le résultat ? Un patchwork visuel aussi cohérent qu’un mixtape Funky Old School HipHop joué en fond sonore d’un mariage breton.

Et pourtant, il y avait bien une tentative de fil narratif. Quatre Paladins — Nord, Sud, Est, Ouest — tous borgnes, tous porteurs d’un joyau magique en lieu et place de l’œil perdu, tous engagés dans une guerre cosmique entre lumière et ténèbres. Leur rivalité se glissait dans les textes d’ambiance, les dialogues croisés, voire dans des cartes comme Infernal Contract ou Glorious Anthem, qui complètent ensemble une ballade ésotérique. C’était ambitieux, presque poétique… mais totalement invisible sans guide. En 2001, pas de Scryfall, pas de Vorthos Wiki, juste toi, ton binder, et ton pote Kevin qui te dit : « Ouais mais pourquoi il a qu’un œil, le Paladin ? » Sans réponse.

Decks et cartes

Les decks préconstruits reflétaient cette simplicité assumée : Armada (blanc), Bomber (bleu), Decay (noir), Infestation (rouge), Way Wild (vert). Chacun offrait une initiation claire à une couleur, avec ses archétypes classiques — Goblins, Zombies, Anges, Drakes, Wurms. Le starter 2 joueurs allait encore plus loin : deux decks de 30 cartes, un rulebook enrichi, des compteurs de vie en carton, des tapis de jeu explicatifs, et même un foil de Thorn Elemental — une rareté absolue à l’époque, surtout dans un produit d’entrée de gamme. Aujourd’hui, ce foil vaut une petite fortune. À l’époque, on le mettait dans la boîte « à échanger », entre un Lava Axe usé et un Healing Salve qu’on n’a jamais joué.

Mais revenons à notre pauvre Birds of Paradise. Cette version-là, dessinée par Ron Spencer, a été immédiatement vilipendée. Trop coloré, trop exotique, trop… perroquet. Dans une communauté habituée à la silhouette élégante et minimaliste de la version Alpha, ce volatile criard passait pour une insulte. Pourtant, avec le recul, cette illustration respire une certaine naïveté charmante — celle d’un illustrateur lancé dans un brief flou : « Fais-moi un oiseau magique. Fantasy. Merci. ». Et c’est là tout le drame de la 7e édition : aucune direction artistique unifiée. Chaque peintre a livré sa vision personnelle de la fantasy générique, sans bible graphique, sans lore précis, sans même un moodboard commun. Résultat : un set qui ressemble moins à un univers cohérent qu’à une exposition collective d’illustrateurs de bouquins de Donjons & Dragons des années 90.

L’héritage de cette 7e édition

Pourtant, malgré (ou grâce à) ce chaos, la 7e édition a marqué un tournant. Elle a prouvé que les foils pouvaient exister dans un core set. Elle a testé les limites de la Reserved List — au point que WotC, surpris de voir les prix des anciennes versions monter après la réimpression, a commencé à remettre en cause sa propre politique. Mais elle a aussi lancé des carrières — notamment celle de Donato Giancola, dont le Shivan Dragon ici est devenu une icône réimprimée 18 fois depuis. Et elle a offert des pépites visuelles inattendues : Wrath of God par Kev Walker, Patagia Golem, Archivist, Creeping Mold… Des cartes qui, même si elles ne collaient pas toujours à leurs mécaniques, vibraient d’une énergie picturale brute.

cartes magic 7e édition

Alors oui, la 7e édition s’est vendue comme un gâteau sec. Les joueurs ont râlé. Les collectionneurs ont froncé les sourcils. Les tournois l’ont ignorée. Mais aujourd’hui, elle brille d’une aura particulière : celle d’un set qui a osé tout recommencer à zéro, sans filet, sans consensus, juste avec de la peinture, du papier, et une foi aveugle dans la magie du hasard. Un bordel magnifique, certes — mais un bordel qui a permis aux foils de devenir ce qu’ils sont : des trophées, des reliques, des souvenirs scintillants d’une époque où Magic n’avait pas encore peur de se planter.

Et si t’as encore quelque part un Birds of Paradise 7e édition foil… félicitations, mon pote. T’as dans les mains non pas un perroquet, mais un morceau d’histoire — ridicule, précieux, et irrépétable.

  • Sortie officielle : 11 avril 2001
  • Cartes : 350 dont 330 rééditions (110 communes, 110 non communes, 110 rares, 20 terrains)
  • Code d’extension : 7ED
  • Répartition : Blanc (57) – Bleu (57) – Noir (57) – Rouge (57) – Vert (57) – Artefacts (39)

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Par Arkan

Passionné de jeux de cartes, je mélange stratégie et plaisir pour vivre des moments intenses autour d’un deck ou d’un tapis vert. 🃏 Que ce soit entre amis ou en compétition, chaque partie est une nouvelle aventure pleine de défis et de fun ! 🤝