L’année où Topps a osé le texte vertical, les fonds psychédéliques, et où Rick Barry a écrit l’histoire sous nos yeux.
Pendant l’été 1975, alors que les collectionneurs déchiraient leurs packs à 10 cents pour découvrir si Bill Walton souriait sur sa rookie card, quelque chose d’incroyable se passait sur les parquets. Les Golden State Warriors de Rick Barry venaient de réaliser l’un des plus grand upset de l’histoire des Finales NBA. Un sweep 4-0 face aux favoris, les Washington Bullets d’Elvin Hayes et Wes Unseld.
Barry, ce personnage excentrique qui avait déserté la NBA pour la ABA entre 1967 et 1972, menait une équipe que personne n’aimait vers un titre inattendu. « C’est le plus grand upset de l’histoire du sport majeur aux États-Unis, » clamerait-il cinquante ans plus tard, encore amer de ne pas avoir eu de couverture Sports Illustrated ou d’invitation à la Maison Blanche.
Et pendant ce temps, Topps immortalisait cette saison chaotique, colorée, et totalement imprévisible dans un set de 264 cartes qui allait changer la donne pour le monde des cartes basketball.
Adieu les fonds blancs, bonjour la psychédelie
Après des années de fonds unis blancs ou gris, Topps frappe un grand coup en 1974-75. Le set introduit une innovation majeure : le texte vertical. Pour la première fois dans l’histoire des cartes basketball, les noms d’équipes apparaissent en caractères gras verticaux le long du côté droit de la carte. C’est élégant, c’est moderne, et ça donne immédiatement une personnalité forte au set.
Mais ce n’est pas tout. Topps décide aussi de tinter les arrière-plans avec des couleurs vives qui ne correspondent pas forcément aux équipes. Résultat ? Des cartes où le joueur apparaît sur un fond rouge vif, bleu électrique ou vert psychedélique, créant un contraste saisissant avec l’uniforme. C’est l’époque où la ABA joue avec un ballon rouge-blanc-bleu. Et Topps semble avoir absorbé cette énergie rebelle.

Les photos sont également révolutionnaires. Fini les poses studio rigides. Topps utilise des photos d’action avec les foules visibles en arrière-plan, capturant l’atmosphère électrique des arènes. On voit les spectateurs, on ressent le bruit, on est dans le game.
Structure : deux Ligues, un Set
Le set est divisé en deux univers distincts :
- Cartes 1 à 176 : les joueurs NBA
- Cartes 177 à 264 : les joueurs ABA
C’est l’avant-dernière année où les deux ligues coexistent avant la fusion qui aura lieu avec le set Topps Basketball 1976-1977. Topps rend donc hommage à cette dualité qui a marqué les années 70.
Les subsets qui comptent
Le set regorge de subsets qui racontent la saison :
– Team Leaders (Cartes 81 à 98 pour la NBA, 221 à 230 pour l’ABA) : ces cartes mettent en vedette les leaders statistiques de chaque équipe. Une mine d’or pour voir qui dominait où avant l’ère des stats avancées.
– Statistical Leaders (NBA 144-149, ABA 207-212) : les leaders de points, rebonds, passes, etc. Un aperçu des dominateurs de l’époque.
– Playoffs Highlights (NBA 161-164, ABA 246-249) : les moments forts des playoffs, incluant le parcours champion des Warriors.
– Checklists (81 et 203) : essentielles pour les collectionneurs completistes, elles permettent de cocher les cartes déjà acquises .
Les rookies : 3 Hall of Famers pour le prix d’un
Le set 1974-75 est béni des dieux du cardboard avec trois rookie cards de Hall of Famers :
Bill Walton (#39) : le rookie rouge
La carte la plus emblématique du set montre Walton avec le maillot des Portland Trail Blazers, souriant à l’objectif avec sa chevelure rousse et sa barbe de hippie. C’est la carte que tout collectionneur veut posséder. Avec un PSA 10 atteignant 32 000 dollars et même des PSA 8 se vendant autour de 5-6 000 dollars selon les sources, c’est un investissement lourd.

Walton, rookie de l’année cette saison-là avec 12,8 points et 12,6 rebonds de moyenne, était déjà considéré comme le futur du basketball.
Doug Collins (#129) : l’Olympien
Avant d’être un entraîneur respecté (et parfois controversé), Collins était un arrière olympique de talent. Sa rookie card est moins chère que celle de Walton mais reste une pièce maîtresse du set.
George Gervin (#196) : The Iceman
La carte rookie du légendaire arrière des Spurs en ABA (puis NBA). Gervin, avec son finger roll incomparable, est déjà une star en devenir. Sa carte est recherchée et atteint des sommets en haut grade.
Le panthéon des stars
Au-delà des rookies, le set est un Who’s Who du basketball des années 70 :
- Kareem Abdul-Jabbar (#1) : le joueur dominant de l’époque, encore avec les Bucks
- Pete Maravich (#10) : le magicien du ballon orange
- Oscar Robertson (#55) : The Big O, légende vivante
- Jerry West (#176) : Mr. Clutch, qui deviendra le logo de la NBA, dernière saison active avant sa retraite
- Julius Erving (#200) : Dr. J, la star de la ABA, MVP et champion 1974 avec les Nets
- Wilt Chamberlain (#250) : la dernière carte régulière de Wilt the Stilt, jouant alors pour les San Diego Conquistadors en ABA
La carte d’Erving est particulièrement recherchée, un PSA 10 s’est vendu 132 000 dollars en 2022, étant le seul exemplaire parfait connu.
Le bonus : le jeu à gratter
Chaque pack de 10 cartes contenait un insert « Scratch-Off Game ». Une carte à gratter qui offrait aux enfants quelques minutes de distraction après avoir découvert leurs joueurs. Ces cartes sont aujourd’hui des pièces de collection à part entière, surtout si elles sont non grattées et en bon état.
Distribution : 10 cents … le rêve
Les packs étaient vendus 10 cents (puis rapidement 15 cents) et contenaient 10 cartes plus le scratch-off. 5 packs pour le prix d’un rappeur. Les boîtes de 24 packs étaient disponibles pour quelques dollars, une somme dérisoire comparée aux milliers de dollars qu’elles valent aujourd’hui sur le marché vintage.

Pour moins de 10 dollars, un gamin de 1974 pouvait repartir avec 240 cartes et l’espoir de découvrir Bill Walton ou Julius Erving. Aujourd’hui, un set complet en excellent état se négocie plusieurs centaines ou milliers de dollars en non gradées, une aubaine pour les collectionneurs vintage.
La saison 1974-75 : les underdogs deviennent légende
Revenons sur ce qui rend ce set historiquement significatif : la saison elle-même.
Les Warriors de Golden State (48-34 en saison régulière) étaient considérés comme des outsiders complets face aux Bullets de Washington (60-22). Pourtant, menés par Rick Barry (29,5 points de moyenne en Finales) et entraînés par Al Attles, ils ont balayé Washington 4-0.
Barry, qui avait rejoint les Warriors après avoir brûlé les étapes en ABA avec les Oakland Oaks, était le seul joueur à avoir remporté les titres de meilleur marqueur de la saison aussi bien en NCAA, ABA et NBA. Son style de jeu sans ballon (il courait sans arrêt sur le terrain) a révolutionné le poste d’ailier.
Cette finale est aussi célèbre pour avoir été déplacée au Cow Palace de Daly City pour les deux premiers matchs à domicile des Warriors à cause des Ice Follies qui occupaient l’Oakland Coliseum Arena. Imaginez aujourd’hui déplacer une Finale NBA pour une spectacle de patinage artistique !
Valeur et collection aujourd’hui
Le set 1974-75 est un paradis pour les collectionneurs vintage accessible :
- Set complet : 100-200 dollars en excellent état
- Bill Walton rookie (PSA 8) : 5-6 000 dollars
- Julius Erving (PSA 8) : environ 2000 dollars, jusqu’à 132 000 dollars en PSA 10
- Wilt Chamberlain (PSA 9) : environ 500 dollars
Les problèmes de centrage sont fréquents sur ce set, surtout sur les cartes de bord des feuilles d’impression. Trouver des exemples bien centrés est un défi qui peut coûter cher.
1974-75 Topps Basketball : set de transition
Le 1974-75 Topps Basketball est un pivot historique. C’est l’avant dernier set composé de cartes des 2 ligues, avant la fusion NBA/ABA de 1976. Celui qui capture Bill Walton avant que les blessures ne gâchent sa carrière. Celui qui montre Wilt Chamberlain dans sa dernière incarnation de joueur. Enfin, c’est celui qui immortalise Rick Barry et son titre improbable.
Pour le collectionneur moderne, assembler ce set, c’est posséder un morceau de l’histoire où le basketball était en pleine métamorphose. Une ère où la ABA mourait en beauté avec son ballon tricolore, où la NBA cherchait son identité et où Topps expérimentait avec des designs audacieux qui influenceraient les décennies suivantes.
Et puis, sérieusement, qui peut résister à une carte où Bill Walton sourit avec son maillot rouge sur fond vert psychedélique ? C’est ça, les années 70. C’est ça, la magie du cardboard.
Tu préfères la rookie card de Walton le souriant, ou celle d’Erving le dominant ? Perso, je garde un œil sur cette Wilt Chamberlain, la dernière image d’un géant qui a marqué l’histoire du jeu.



