Souviens-toi de cette époque où jouer trois couleurs relevait presque du terrorisme ludique. Puis est arrivé Planeshift, en février 2001, comme un uppercut coloré dans la mâchoire bien lisse du mono-vert ou du bleu-burn classique. Ce petit set de 143 cartes — deuxième acte du bloc Invasion — n’a pas fait dans la dentelle : il a imposé le multicolore avec la délicatesse d’un Keldon bourré de rage, tout en glissant dans nos decks des mécaniques aussi brillantes qu’éphémères.
À l’époque, Dominaria brûlait sous l’assaut phyrexien, Rath s’était plaqué sur le plan comme une mauvaise pub pop-up, et Urza accumulait les crimes de guerre avec la nonchalance d’un CEO en fin de trimestre. Dans ce chaos narratif façon Mad Max revisité par Tolkien, Wizards of the Coast nous balançait un design audacieux : kicker étendu, domain affûté, et surtout… le gating.
Ah, le gating ! Cette mécanique aujourd’hui oubliée, mais tellement jouissive en son temps. Imagine : tu poses Horned Kavu, une bête 3/4 pour deux mana, et hop, tu renvoies une créature rouge ou verte de ton côté du plateau dans ta main. Pas de destruction, juste un aller-retour stratégique. En 2001, c’était révolutionnaire. Aujourd’hui, on dirait presque un proto-blink avant l’heure — une danse tactique entre tempo et réutilisation d’effets d’entrée en jeu. Et quand tu combinait ça avec Flametongue Kavu ? Mon vieux, c’était du sadisme élégant.

Entrée des Familiers et Battlemages
Mais Planeshift, c’était aussi l’ère des Familiers. Ces petites bestioles au look de gremlin de bibliothèque réduisaient le coût de tes sorts alliés. Nightscape Familiar te faisait économiser un mana sur chaque sort noir ou bleu. Rien de fou en apparence, sauf que dans un format comme Pauper, ces bestioles sont devenues des piliers silencieux. Elles ne tuaient pas, elles facilitaient — comme un bon vin de pays qui rend le repas supportable même quand ta belle-mère est là.
Et puis, il y avait les Battlemages. Ces sorciers à tout faire, moitié apothicaires, moitié mercenaires, offraient deux effets kicker — un par couleur alliée — pour un prix modique. Tu jouais Thunderscape Battlemage ? Tu pouvais soit piocher, soit tuer une créature, soit les deux si ton portefeuille (ou ton mana) le permettait. C’était du Magic modulaire avant l’heure, pensé pour les drafts où chaque décision compte comme un coup de dés en partie de Dune.
On ne peut pas parler de Planeshift sans évoquer ses joyaux rares, presque mythologiques. Meddling Mage, conçu par Chris Pikula après sa victoire aux Invitational, incarnait déjà l’ADN du contrôle moderne : nommer une carte, la rendre injouable. Un concept simple, brutal, et terriblement efficace. Ou Eladamri’s Call, ce tutor instantané à deux mana qui, des décennies plus tard, ferait encore trembler les decks Modern. Sans oublier Orim’s Chant, l’ancêtre du silence, capable de figer un tour entier — et de ruiner plus d’un combo avec la grâce d’un mime psychopathe.

Packaging et Decks
Côté packaging, le set osait même le fat pack avec roman inclus — oui, un vrai bouquin de J. Robert King, où Urza joue les anti-héros bipolaires et Darigaaz les dragons suicidaires. Quatre decks thématiques complétaient l’offre : Barrage, Scout, Comeback, Domain. Le dernier, évidemment, était un hommage triomphant au five-color dream, avec ses lairs de dragons tricolores (Darigaaz’s Caldera, je te vois) qui exigeaient un sacrifice de terrain… mais arrivaient « untapped ». Une hérésie mana à l’époque, aujourd’hui un luxe nostalgique.
Alors oui, Planeshift n’était pas parfait. Son équilibre penchait parfois du côté du “trop c’est comme pas assez”, et certaines cartes ont vieilli comme du lait oublié au soleil. Mais son audace ? Son mélange de lore apocalyptique, de design modulaire et de folie colorée ? Ça, ça n’a jamais pris une ride. Parce que Planeshift, c’était plus qu’un set : c’était une promesse. Celle que Magic pouvait être un bordel magnifique, tant qu’on savait y mettre un peu d’ordre — ou au moins, un bon Flametongue Kavu.
- Sortie officielle : 5 février 2001
- Cartes : 143 dont 3 rééditions (55 communes, 44 non communes, 44 rares)
- Code d’extension : PLS
- Répartition : Blanc (19) – Bleu (19) – Noir (19) – Rouge (19) – Vert (19) – Multicouleurs (36) – Artefacts (6)
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