Deux géants. Un ring de cartes. Et vous, arbitre improvisé, qui tenez entre vos mains bien plus qu’un produit. C’est une invitation à incarner la lumière ou l’ombre, la noblesse féline ou la malice draconique. Ajani vs. Nicol Bolas a débarqué en septembre 2011 comme une promesse enfin tenue. Opposer deux légendes sans tricher avec l’équilibre, juste avec du style, de la stratégie, et cette petite excitation de voir qui, du lion ou du dragon, l’emportera sur votre table de salon.
Le lion blanc-vert-rouge a la dent douce (mais pas trop)
Ajani Vengeant, c’est l’archétype du héros qui ne baisse jamais les bras. Son deck ? Un mélange Naya qui sent bon la forêt, le soleil et la détermination. La mécanique maîtresse ? Le gain de vie, transformé en arme offensive. Chaque point récupéré devient un +1/+1 sur Ajani’s Pridemate, une activation de Searing Meditation, un déclenchement d’Ageless Entity. C’est subtil, c’est cumulatif, c’est presque insidieux. L’adversaire croit tenir la distance, puis soudain, votre Pridemate passe de 2/2 à 6/6 sans que personne n’ait vraiment vu venir l’avalanche.
Firemane Angel apporte son lot de vie et de menace aérienne, Loxodon Hierarch sert de mur vivant indestructible, et Titanic Ultimatum ? Cette carte, c’est le « checkmate » en trois actes : vous la posez, vous souriez, l’adversaire soupire. Le tout repose sur une courbe de mana bien huilée, des terrains bicolores pour lisser les tirages, et cette philosophie simple : frapper fort, frapper vite, et si possible, guérir en même temps. C’est du sport, mais version fantasy avec des griffes.

Le dragon Grixis joue aux échecs avec vos nerfs
En face, Nicol Bolas ne court pas. Il calcule. Son deck Grixis (bleu-noir-rouge) est une leçon de contrôle élégant et cruel. La stratégie ? Vider votre main, neutraliser vos menaces, puis finir au moment où vous croyez enfin respirer. Blazing Specter et Dimir Cutpurse transforment chaque attaque en punition. Vous subissez des dégâts ET vous jetez des cartes. Recoil, Pain, Fall : des sorts qui semblent anodins mais qui, accumulés, vous laissent à sec, à jouer au poker avec zéro jetons.
Et quand enfin le board est nettoyé, arrive l’arsenal lourd. Profane Command aux quatre modes diaboliques, Cruel Ultimatum qui swingue la partie en une phrase. Et bien sûr, Nicol Bolas, Planeswalker, ce mythique à huit mana qui vole vos créatures, détruit vos permanences, et finit par vous faire piocher … puis jeter … puis pleurer. C’est du contrôle, mais pas du passif. Chaque carte a un rôle, chaque effet une intention. Bolas ne gagne pas en courant plus vite. Il gagne en vous faisant courir jusqu’à l’épuisement mental.
Deux philosophies, une boîte
Ce qui rend ce Duel Decks Ajani Vs Nicol Bolas si savoureux, c’est qu’il ne cherche pas à rendre les decks interchangeables. Il assume la différence. D’un côté l’agression cumulative, de l’autre le contrôle différé. Chris Millar et Mark Gottlieb, les architectes, ont compris que l’équité n’est pas l’uniformité. Parfois, gagner, c’est conclure avant que l’autre ne déploie son plan. Parfois, c’est survivre assez longtemps pour retourner la situation.
Cette tension narrative intégrée au gameplay transforme chaque partie en une histoire dont vous êtes le héros ou la victime, selon le tirage. Et pour ceux qui aiment mettre les mains dans le cambouis, la modularité est un atout. Retirer quelques cartes situatives, renforcer la courbe de mana, ajouter des synergies, et hop, vous avez une base solide pour des parties entre potes qui sentent bon la bière et les cris de victoire.
L’objet qui brille (et qui raconte)
Au-delà des mécaniques, il y a le coffret. Deux cartes holographiques avec artwork alternatif (Ajani Vengeant et Nicol Bolas, Planeswalker) qui trônent comme des trophées. Quatre autres réimpressions à l’art revisité, des deckboxes, un guide, des jetons pour incarner les créatures éphémères. Pour vingt dollars en 2011, on repart avec un produit qui sent la qualité, même si l’emballage reste un casse-tête digne d’un meuble suédois monté à l’envers.
Mais qu’importe. Ce qu’on achète, ce n’est pas que des cartes. C’est un morceau de 2011, une époque où ouvrir un produit Magic, c’était comme déplier une carte au trésor. Et pour les collectionneurs, les versions foil ou les arts alternatifs de certaines réimpressions sont devenues des pièces de choix, celles qu’on garde précieusement même quand on ne joue plus le deck d’origine.

Et si on arrêtait de compter les points ?
Une fois les cartes rangées, que reste-t-il ? Pour le joueur compétitif, peut-être pas grand-chose. Ce produit n’a jamais visé le format Standard ou Modern. Pour le collectionneur, des pièces de choix, certes, mais ce n’est pas l’essentiel. Non. Ce qui demeure, c’est l’expérience.
Celle de tenir entre les mains deux philosophies de jeu incarnées, prêtes à s’affronter sans préparation. De voir comment une mécanique de gain de vie peut devenir offensive, comment un effet de défausse peut devenir oppressant. Celle de comprendre, en jouant, que Magic n’est pas qu’un jeu de combinaisons, mais un théâtre d’intentions. Ajani vs. Nicol Bolas ne vous demande pas de l’aimer. Il vous demande de jouer. Et de choisir votre camp.
- Sortie officielle : 2 septembre 2011
- Cartes : 120 dont 72 rééditions (2 decks de 60 cartes, 2 mythique rares)
- Code d’extension : DDH
- Répartition : Blanc (6) – Bleu (5) – Noir (5) – Rouge (5) – Vert (10) – Multicouleur (30) – Artefacts (3) – Jeton (2)
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